Article original:  Clément Guillet Des «dealers en blouse blanche» aux «salles de shoot», trente ans de polémiques

www.slate.fr, 17.06.2015, 11h13

Éditorialisation: Clément M, Éliott SL, Rym S

Des «dealers en blouse blanche» aux «salles de shoot», trente ans de polémiques

Des premières seringues en vente libre aux «salles de shoot» en passant par la méthadone, la prise en charge des toxicomanes a toujours été un sujet brûlant, malgré des progrès indéniables.

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Dans une «salle de shoot» au Canada en 2006. REUTERS/Andy Clark.

La future première salle de consommation à moindre risque vient d’être déplacée: elle sera finalement implantée sur le site de l’hôpital Lariboisière, à 200 mètres de l’emplacement initialement prévu. Au 39, boulevard de La Chapelle, les riverains doivent être soulagés: ils vont pouvoir retirer les banderoles «Non à la salle de shoot» de leurs fenêtres. Comme si, devant l’opposition locale et avant le vote au Sénat, il avait fallu signifier géographiquement l’aspect médical d’une mesure accusée d’être un pas vers la légalisation des drogues dans la société.

Car c’est l’argument principal des opposants à l’expérimentation des «salles de shoot». Avant le vote à l’Assemblée nationale, en avril, Marion Maréchal-Le Pen condamnait «un signal catastrophique envoyé à la population. L’Etat organise une violation de la loi». En 2013, Valérie Pécresse parlait d’un «système d’empoisonnement assisté par l’Etat». De son côté, une association, Parents contre la drogue, a porté plainte contre X pour «incitation à la consommation de stupéfiants».

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Mais ce discours n’a rien de nouveau. Le spectre de la légalisation des drogues est agité depuis trente ans par les opposants à toutes les mesures sanitaires de réduction des risques, ce que rappelait le sociologue Henri Bergeron dans son livre L’Etat et la toxicomanie. Histoire d’une singularité française. Et ce, malgré les bénéfices de ces politiques.

Réduction des risques

Dans les années 1980, la France compte environ 150.000 héroïnomanes. Le sevrage et la répression sont les seules modalités de prise en charge. Les politiques semblent se désintéresser d’un sujet jugé trop brûlant.

Mais les ravages du sida vont changer la donne: au début des années 1990, en pleine épidémie, 33% à 38% des toxicomanes sont séropositifs. Ils représentent 22,6% de l’ensemble des malades du sida. Les toxicomanes deviennent donc l’une des premières catégories de victimes de l’épidémie, et l’un des principaux vecteurs de son extension à l’ensemble de la population. Ils sont aussi très largement touchés par les virus de l’hépatite B et C. Les toxicomanes ne se détruisent plus seulement eux-mêmes, ils propagent aussi les épidémies. Cette prise de conscience va entraîner un changement dans leur prise en charge.

La contamination virale est due aux échanges de seringues. En 1986, une des premières mesures de réduction des risques est de mettre en vente libre des seringues accompagnées de kits de désinfection. «Une libéralisation qui a toutes les chances d’être perçue comme un encouragement à la toxicomanie», selon un membre de la Direction générale de la santé de l’époque.

Avec l’apparition des traitements de substitution aux opiacés (TSO), la méthadone et le Subutex, le débat devient encore plus houleux. Jacques Chirac, alors maire de Paris, déclare que «la méthadone est la porte ouverte à la libéralisation de la consommation de drogue». Le Pr Jean-Paul Séguéla, conseiller de Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, n’hésite pas à déclarer que «la méthadone est un encouragement à la toxicomanie, contraire à l’éthique des médecins. […] Il n’est pas tolérable que les médecins deviennent des dealers en blouse blanche et participent à l’entretien de la toxicomanie. Ne serait-ce pas là une sorte d’euthanasie?».

Pourtant, au milieu des années 1990, beaucoup de pays sont passés à la méthadone avec succès. Aux Etats-Unis, elle permet à des toxicomanes de s’en sortir depuis les années 1960. Mais la France s’obstine dans son refus de la substitution.

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Infographie, Midi Libre

 

Des milliers de vies sauvées

Les choses vont évoluer avec l’intervention de plusieurs ministres de la Santé, de Bernard Kouchner à Simone Veil, qui déclare que «face au sida, il faut s’interdire de trier entre les bonnes et les mauvaises vies à sauver». C’est donc d’abord pour faire face à l’épidémie de sida et non pour soigner la toxicomanie que les TSO sont généralisés en France à partir de 1994.

Les TSO nécessitent, il est vrai, un changement majeur de mentalité. En délivrant un opiacé à la place d’un autre, on change de paradigme. On ne vise pas, dans l’immédiat, le sevrage aux opiacés mais l’arrêt de la consommation d’héroïne, de même qu’on aide les fumeurs à arrêter le tabac avec des substituts nicotiniques.

Aujourd’hui, personne ne songerait à remettre en cause les TSO. Comme le soulignait un article des Annales pharmaceutiques françaises, en vingt ans et malgré des mésusages, ces traitements ont sauvé des milliers de vies en divisant par dix le nombre d’overdoses. Associés au matériel de stérilisation et à la distribution de seringues, ils ont permis de réduire de façon importante les infections par le VIH. Et grâce à eux, ce sont des milliers de toxicomanes qui ont pu se réinsérer socialement.

Un bilan globalement positif

L’évaluation des «salles de shoot» est complexe: au sein de cette population marginalisée, les études à haut niveau de preuve sont difficiles à mener. Mais le rapport de l’Inserm de 2010 présente un bilan globalement positif des expériences de ces salles à l’étranger comme mesure complémentaire à la substitution. Ainsi, elles n’augmenteraient pas la consommation de drogue. Elles limiteraient les risques liés à l’injection (overdose, abcès…). Installées dans des endroits où il existe déjà une pratique de rue, elles diminueraient les nuisances sans augmentation de la délinquance. Enfin, et surtout, l’Inserm souligne l’impact positif de ces dispositifs dans un de leurs objectifs premiers: ramener vers des structures de soin des toxicomanes marginaux, comme ceux qui se piquent dans la rue aux abords de la gare du Nord.  

La libéralisation de la drogue est un argument émotionnel utilisé depuis trente ans pour s’opposer à des mesures de santé publique efficaces. Or, on ne fait pas de la médecine avec de bons sentiments, mais avec une bonne dose de pragmatisme.

Article original

Michael Ducousso, Les eSportifs, athlètes du futur, www.slate.fr 22.10.2016, 16h07

Éditorialisation

Clément M, Eliott SL, Rym S

Les eSportifs, athlètes du futur


Les adeptes des sports électroniques ne transpirent peut-être pas sur les terrains et ne soulèvent pas de la fonte, mais ils consacrent eux aussi leurs vies à accéder au plus haut niveau de leur discipline.

 

Le départ d’Ibrahimovic du PSG a laissé bien des supporters parisiens orphelins. Celui qui est parti «comme une légende» pourrait pourtant continuer à marquer des buts  pour le compte du club. En tout cas, son avatar sur FIFA pourrait rapporter la victoire aux joueurs de la team PSG eSport. Depuis début octobre, le club de la capitale a officialisé son entrée dans le monde des sports électroniques, en affichant son ambition de figurer parmi les plus grands clubs – et surtout les premiers – à marquer «l’histoire de ces nouvelles disciplines». La nouvelle doit faire réfléchir les services du ministère des Sports qui ne reconnaissent pas encore la pratique. Et faire un peu bouger les mentalités sur l’eSport.

 

Kayane alias Marie-Laure Norindr

Pour les amateurs du Canal Football Club, un athlète, un vrai, c’est d’abord un homme ou une femme qui produit un effort physique sur un terrain. Mais le Canal eSport club devrait les faire changer d’avis, tout comme le parcours de Marie-Laure Norindr. À 25 ans, celle qui se fait appeler Kayane fait partie de la trentaine de Français professionnels de l’eSport. Pour elle, la qualité d’un sportif ne se mesure pas aux litres de sueur qu’il perd en courant.

 

 

Adresse et stratégie


«Aux échecs, ils ne transpirent pas non plus, et c’est considéré comme un sport, un sport cérébral», explique-t-elle. «L’eSport, c’est à la fois un sport cérébral et d’adresse. Il faut énormément réfléchir, avoir de la stratégie, parfois de la cohésion d’équipe en fonction des jeux, et aussi de la dextérité pour y arriver, tout comme pour le tir à l’arc».

Il faut bien lui donner raison: le commun des mortels ne s’en tire pas aussi bien qu’elle avec une souris, une manette ou un stick d’arcade. «Quand les gens disent que ce n’est pas physique c’est faux, car c’est le physique qui fait tout finalement, c’est notre corps qui doit réagir à travers nos mains pour être réactif et performer au mieux.» Pour en arriver là, les eSportifs passent plusieurs heures par semaine à s’entraîner, comme n’importe quel sportif. Kayane s’exerce ainsi une à deux heures par jour pour rester au plus haut niveau.

Chun-Li

Si malgré ça vous ne la considérez toujours pas comme une sportive, c’est votre droit, mais ne vous avisez pas de le lui dire en face. Elle pourrait bien vous mettre un flash kick en pleine tête comme Chun-li, son personnage favori. Car en plus d’avoir un palmarès impressionnant en eSport, la jeune femme pratique assidûment la boxe française.

D’ailleurs, «ce qui est fou, c’est que tout ce que j’ai appris dans les jeux de combats m’a servi dans la boxe. Il y a une notion de distance à avoir qui est exactement la même, par exemple. J’utilise aussi beaucoup les coups de pieds à la cuisse, en zone basse, parce que dans les jeux de combats, c’est la zone de faiblesse qui est plus facile à atteindre.»

Des champions en manque de reconnaissance


Si la rigueur que demande l’eSport n’est pas éloignée de celle du sport, niveau porte-monnaie, les champions eSportifs ne sont pas encore à égalité avec les footballeurs ou les tennismen. Pour vivre, Kayane est obligée de jongler entre les « cash prizes » des compétitions, et différents revenus issus de son activité de chroniqueuse spécialisée, de streameuse ou encore d’intervenante dans des conventions.

Mais la rémunération n’est pas vraiment le plus gros problème des eSportifs. Non, le souci majeur des champions numériques, c’est que – contrairement à leurs homologues qui évoluent crampons aux pieds – ils n’ont pas de statut reconnu. Dans un secteur de niche, guère structuré, ce n’est pas toujours facile d’avoir une reconnaissance administrative. Ainsi Kayane, ne sait jamais quel case cocher en arrivant à la douane pour une compétition à l’étranger: tourisme ou travail?

Des contrats de saison


Rémy Chanson, lui, a un autre souci: comment déclarer les joueurs de son équipe? Jusqu’à récemment, le directeur eSport de Millenium, le club n°1 en France et dans le top 5 européen, ne savait pas quel statut accorder à ses pro gamers. Sans parler des problèmes posés par le recrutement de joueurs étrangers. Mais avec la Loi Numérique portée par Axelle Lemaire, les choses changent et désormais, les clubs peuvent recruter des joueurs avec des contrats liés aux saisons eSportives.

Rémy Chanson à la Esport World Convention (ESWC)

En parallèle, il s’est associé avec d’autres acteurs du secteur pour mettre sur pied l’association France eSport, une structure destinée à répondre aux questions des clubs, des joueurs et des partenaires institutionnels. Certes, ce n’est pas une fédération, diront les amateurs de sport, mais c’en est peut-être l’embryon.

«Une fédération a un côté rassembleur et dans le sport, c’est facile puisque la plupart des clubs commencent au niveau local, donc ça permet de faire un maillage de la France. L’eSport est dématérialisé et il n’y a pas forcément de club dans toutes les régions, donc on ne peut pas faire un maillage identique à celui du sport», explique Rémi Chanson.

Sans compter qu’aujourd’hui, «le ministère du sport n’est pas particulièrement enclin à prendre l’eSport dans son giron. Donc ce copier-coller de ce qui se passe dans le sport ne pourra pas forcément se faire.» Cela ne chagrine pas trop le manager, bien conscient que ses joueurs n’ont pas besoin d’être reconnus par le ministère des Sports pour figurer parmi les plus grands champions. Et tout ça sans même transpirer.

Michael Ducousso

Article original : Delphine Cuny, «La folle histoire du corps connecté, des bidouilleurs aux joggeurs du dimanche», Rue89, 30/07/2016

 

La folle histoire du corps connecté, des bidouilleurs aux joggeurs du dimanche

 

Le corps, ce nouvel objet connecté ! Application pour surveiller son sommeil ou suivre l’évolution de sa course, bracelet connecté, balance intelligente, la numérisation des activités humaines ne cesse de se développer. Notre quotidien est saisissable par des données chiffrées ou des images enregistrées en temps réel pour une meilleure connaissance de soi. C’est le « Quantified Self« , traduit en français pas « auto-mesure de soi » et analysé dans l’ouvrage « Quantified Self, les apprentis sorciers du moi connecté« .  Pratique marginale et effet de mode pour certains, signe précurseur d’une transformation sociétale pour d’autres, le 2.0 nous colle de plus en plus à la peau. 

 

« Connais-toi toi-même »

« C’est la révolution qu’on n’a pas vue venir », celle de la donnée, écrit Henri Verdier, le directeur interministériel du numérique et administrateur général des données de la France, qui signe la préface de « Quantified Self, les apprentis sorciers du moi connecté ». Le phénomène pénètre « les sphères les plus intimes du corps et du désir » et pourrait redéfinir la médecine mais aussi faire peser « une menace sur la vie privée et sur le libre arbitre ».

Pour les auteurs, Camille Gicquel et Pierre Guyot, les adeptes de la mesure de soi sont en fait des héritiers de Socrate, appliquant à la lettre le fameux précepte du temple de Delphes « connais-toi toi-même ». Cette quête est « une caractéristique notable de la culture gréco-romaine », que l’on retrouve chez Sénèque et Plutarque.

« Connais-toi toi-même » – Temple de Delphes (reproduction, Decorarconarte)

 

Un nouveau « moi » connecté

L’intérêt de ce court ouvrage instructif, sorti il y a un an, est précisément d’établir une filiation entre ces pionniers intellectuels de la connaissance de soi et la toute petite communauté californienne mettant en réseau des entrepreneurs et des chercheurs à l’origine de ce mouvement appelé le « Quantified Self », qui se diffuse aujourd’hui auprès du grand public au travers des gadgets connectés. Les auteurs analysent aussi en quoi l’introduction des technologies, qui se démocratisent à grande vitesse, change la donne.

« Le Quantified Self, ensemble de pratiques d’auto-mesure qui s’appuie sur ces petits objets et applications, […] n’est pas une simple manie de technophile d’adopteurs précoces. Le Quantified Self annonce un nouveau “moi”, un “moi” connecté aux autres “moi”, un moi de données. Un moi marchandisable qui s’insère dans des nouveaux collectifs. »

Peut-on réduire sa vie, et celle des autres, à une batterie de chiffres ?

« La question est de savoir si l’être humain peut se résumer à un index, à un catalogue d’informations. »

Le moi quantifié – Gary Wolf (TED, Juin 2010) 

 

Le « wearable computing »

L’ouvrage nous emmène à la découverte des bidouilleurs et doux rêveurs qui ont mené les premières expériences de « quantification de soi » à travers des capteurs et des technologies portables et connectées, et plus seulement à la main dans son carnet de bord ou journal intime.

Le précurseur en la matière s’appelle Steve Mann, un chercheur canadien, né en 1962, qui a étudié au MIT et inventé une nouvelle discipline, le « wearable computing », l’informatique « mettable » traduisent les auteurs (on peut dire aussi « informatique-à-porter » ou « technologie portable »). Un original qui a conçu la première caméra connectée à porter, EyeTap, un casque avec des antennes et un gros boîtier couvrant l’œil, ancêtre des Google Glass (en stand-by depuis janvier 2015), 30 ans avant.

Eyetap : lunettes caméra (Wikipédia)

« A partir de la fin des années 1970, Mann conçoit une série de WearComp avec un assistant photographe, sorte de sac à dos muni d’un appareil photo communiquant des signaux électroniques à travers des ondes radio. Puis dans les années 1980, il met au point un authentique vêtement connecté : il est muni d’une caméra, d’un vibromètre laser ou encore de biocapteurs capables d’enregistrer simultanément des voix, des images et des données. En 1994, Steve Mann porte en permanence une caméra-lunette et des capteurs collectant ses données de marche. »

Il avait d’ailleurs été victime d’une agression au McDo des Champs-Elysées en 2012, un employé ayant essayé de lui arracher ces lunettes, fixées sur son crâne de manière permanente.

 

« Sousveillance » contre Big Brother

Avec tout cet attirail de greffons technologiques sur le dos, Mann est-il un des premiers cyborgs tout droit sorti d’un roman de science fiction ? Les auteurs notent que nous en sommes nous-mêmes :

« Aujourd’hui, un cyborg c’est un individu avec son smartphone en poche. »

La philosophie de Mann est centrée sur l’individu, l’homme prolongé par la technique reste un humain :

« Les projets WearComp de Mann […] s’éloignent profondément de la promesse d’un homme augmenté, déporté par la technologie dans une réalité virtuelle. Ils explorent au contraire la relation inextricable liant les capabilités naturelles du corps et de l’esprit humain à celles des signaux informatiques […]. L’individu crée son propre espace connecté et devient lui-même un médium, c’est-à-dire un système d’information. »

Sousveillance – Katina Michael (Uberveillance, Novembre 2012)

Ce père fondateur du Quantified Self a aussi inventé le concept de sousveillance (ou surveillance inverse). Il s’agit de restituer aux individus, grâce à la technologie, leur capacité à regarder et à surveiller eux aussi, et ainsi de permettre une vigilance citoyenne (contre les violences policières par exemple). Tous flics et fliqués en somme.

 

« La promesse du Quantified Self, inspirée du projet d’émancipation de Mann, est de reprendre le pouvoir. S’évaluer, s’enregistrer, se mesurer pour mieux rester maître de ses données, cela ne permettrait-il pas d’investir une nouvelle forme de pouvoir ? »

A condition, justement, d’être sûr d’avoir la main sur ses données, ce qui n’est pas toujours garanti.

 

Le fantasme d’une mémoire totale

A l’intérieur même de ce mouvement baptisé « Quantified Self », il y a en réalité une foule de pratiques, des plus occasionnelles et désinvoltes aux plus obsessionnelles et draconiennes. On peut les résumer en deux catégories :

  • Les self-trackers ou « quantifieurs ». Enregistrement des pas, suivi des calories ingurgitées, du sommeil, voire de l’humeur, par des bracelets, montres, podomètres et applis. Il existe plus de 500 outils pour ça (Fitbit, Jawbone, ithings, Gamin, etc.) !
  • Les lifeloggers qui enregistrent en continu 24h/24 leurs faits et gestes (textes, images, sons, etc.) et parfois ceux de leur entourage aussi du coup. Une sorte de Big Brother sciemment braqué sur soi.

Un des pionniers de ces auto-archiveurs de l’extrême, le chercheur américain Daniel P. W. Ellis, a enregistré tout ce qu’il entendait pendant deux ans (un DVD entier rien que pour deux semaines de vie) ! Scott Carlson, un journaliste américain, l’a fait tout un hiver, sauf à la maison où sa femme lui a dit d’arrêter de se comporter comme s’il était « sur scène » : il s’auto-censurait de tout propos grossier ou politiquement incorrect.

L’expérimentation la plus dingue et aboutie revient à Gordon Bell, un ingénieur et chercheur du MIT puis du lab Microsoft Research, avec le projet MyLifeBits (« ma vie en bouts/en bits »).

SenseCam : caméra portable (Microsoft Research)

De 1998 à 2007, Bell a porté autour du cou une caméra, la SenseCam, conçue comme une « boîte noire » personnelle, qui déclenche une prise de vue automatiquement toutes les 60 secondes ou si elle détecte la chaleur d’une présence humaine. Il enregistrait aussi toutes ses frappes au clavier, ses conversations téléphoniques (retranscrites), toutes les pages web visitées, etc.

Il récupérait des gigas et des gigas de données, dans lesquelles il devenait en réalité bien difficile de chercher. L’objectif était justement d’aider à développer des logiciels de recherche de textes et de sons et de systèmes de stockage automatique. En ligne de mire, le fantasme d’une mémoire totale ( « Total recall », nom d’un livre qu’il a co-écrit).

 

Une performance artistique

Dans une démarche radicalement différente, esthétique, à la limite de la performance artistique, Nicholas Felton, un graphiste américain de talent, spécialiste de la data visualisation, a réalisé chaque année pendant dix ans son rapport annuel personnel en partant des traces numériques qu’il laissait, de son service de streaming à son GPS, en passant par sa messagerie électronique.

Un compte-rendu public et entièrement chiffré de son année de vie : heures et jours passés dans tel ou tel quartier de New York ou ailleurs, heures de sommeil, de travail, courbes de pouls et de poids, interactions avec son entourage, etc. La poésie de ces bulles effervescentes de vie lui a valu d’être exposé au MoMa. Recruté par Facebook, il a inspiré et contribué au développement de la Timeline du réseau social avant d’en partir.

Felton a même conçu une appli mobile, Reporter, pour consigner tous les détails de son quotidien (avec qui êtes-vous, êtes-vous en train de travailler…), pour son propre usage puis pour le grand public.

  Revue sur l’application Reporter – TechCrunch (Youtube, 2014)

Il portait plusieurs types de capteurs et avait même entrepris de retranscrire l’intégralité de ses conversations, ce qui lui prenait au moins une heure par jour. Il s’est arrêté l’an dernier, bouclant son dernier rapport. Les auteurs s’interrogent :

« L’énergie dépensée à se quantifier en vaut-elle le coup ? Nicholas Felton […] dit passer 80 heures par an à se mesurer. »

D’ailleurs Felton confie que son secret c’est « de ne pas avoir d’enfant » et qu’il y a peut-être maintenant « de la place dans sa vie » – après dix ans à s’être scruté nuit et jour. Il espère avoir été utile, avoir aidé à une prise de conscience sur la masse de données que l’on produit et « dont les individus ne tirent pas profit eux-mêmes mais dont les entreprises se servent pour vous faire acheter plus de trucs ».

 

La vie gouvernée par la donnée

Quantifié de la tête aux pieds – Withings (Pinterest)

C’est toute l’ambiguïté du mouvement Quantified Self, lancé par deux journalistes de Wired, Kevin Kelly et Gary Wolf à l’automne 2007 – « un pur produit de la techno-utopie californienne ». Son slogan : « la connaissance de soi par les nombres » et une idée sous-jacente : seul ce qui est mesuré peut être amélioré.

Les premières réunions rassemblent des expérimentateurs, des praticiens amateurs mais aussi des entrepreneurs, des professionnels du marketing. Si le mouvement affirme exister pour « poser des questions », sans idéologie ou vision du monde, il y a pourtant bien « un cadre de pensée commun, celui d’une vie gouvernée par la donnée » :

 

 

 

« On touche-là à la schizophrénie du Quantified Self : à la fois sommes d’expériences individuelles et place de marché de la donnée. Les quantifieurs développent de manière autonome leur quantification de soi et l’une des forces de l’organisation est ce bouillonnement d’esprit critique […] Dans le même temps, ce mouvement réunit les entreprises d’agrégations de données les plus orwelliennes. »

Le seul remède, selon Kevin Kelly, c’est le partage et l’échange de données.Quitte à travailler « gratuitement » pour les grandes firmes qui en font leur beurre.

 

La « wikipédiatisation » de la santé

Balance connectée (Withings)

Le partage des données peut aussi constituer « un vivier inédit pour la recherche scientifique ». Si vos performances de courses à pied dominicales ne feront peut-être pas avancer la science, d’autres données, agrégées peuvent être cruciales et faire progresser la médecine préventive. C’est la promesse que fait miroiter la dernière balance connectée « contre l’infarctus » de Withings. Le Quantified Self renvoie aux questions de l’auto-diagnostic, de l’auto-médication, d’une prise en main des patients par eux-mêmes. Il existe d’ailleurs plusieurs plateformes ou applis de partage de données de malades comme Patients Like Me, CureTogether et Crohnology. On entre dans une forme de médecine participative, de « wikipédiatisation de la santé » selon l’expression de Melanie Swan, philosophe et futurologue, qui relève que :

« Ces pionniers (du Quantified Self) ont un rôle crucial pour faciliter la généralisation de la médecine préventive » et ces expérimentateurs-contributeurs se rassemblent « pour créer un bien commun dont la valeur est universelle et considérable. »

 

Négocier son contrat d’assurance

On connaît cependant le revers de la médaille : on pourra utiliser ses données de santé pour négocier son contrat d’assurance. A la baisse ou à la hausse ! Deviendra-t-on gestionnaire de ses données, dans le cadre d’un « projet entrepreneurial » de réalisation de soi, s’interrogent les auteurs. « Les données sont une matière première formidable pour un travail introspectif » mais ils mettent en garde :

« L’utilisateur se trouve confronté à des dizaines d’entreprises qui proposent des services de collecte (qui) promettent bonheur et échappatoire, au risque d’entretenir l’illusion que les seules données peuvent prendre des décisions à sa place ou fournir les meilleurs conseils pour mener sa vie. »

 

Editorialisation : Léa B, Camille L, Morgane M

 

 

Article original : Gérard Kafadaroff, «Manger bio a-t-il un sens ?», Slate, 12/05/2016

 

Manger bio a-t-il du sens ?

 

Aujourd’hui, l’agriculture biologique est une tendance en pleine expansion qui déchaîne les passions. Le bio est dans l’air du temps et les produits estampillés AB bénéficient d’une bonne image auprès des consommateurs. Beaucoup moins pour les agriculteurs, qui consacraient en 2014 moins de 5% des surfaces agricoles à l’agriculture biologique. Entre idéalisation des consommateurs du « made in bio » d’un côté, et diabolisation des fervents d’OGM de l’autre, les vertus du bio sont-elles vérifiées ?

I Love Bio – Joana Kruse (fineartamerica, 2012)

 

Certification AB (réservée aux étiquetages) – Agence BIO

Gouvernements, associations écologistes, grande distribution alimentaire, médias, se retrouvent pour vanter les vertus des produits bio. Et cette frénésie nous fait découvrir des produits insolites comme la limonade bio, les pneus bio, les jeans bio, les «cigarettes bio et équitables», les couches bio, les shampoings bio, les aliments bio pour chats jusqu’au «cercueil bio pour les amoureux de la nature» ! Un fourre-tout qui s’éloigne de la définition donnée à l’agriculture biologique (AB). Rappelons que l’AB se caractérise par l’adoption de méthodes de production agricoles excluant les produits chimiques de synthèse (pesticides, engrais), les OGM et, selon le ministère de l’Agriculture, «trouvant son originalité dans le recours à des pratiques culturales et d’élevage soucieuses du respect des équilibres naturels». Contrôlée par des organismes certificateurs, elle est régie par un cahier des charges sans être soumise à une obligation de résultats.

 

Déferlante verte du politiquement correct

Les nombreuses études scientifiques réalisées depuis plusieurs décennies n’ont pas permis de mettre en évidence des bénéfices sanitaires significatifs pour l’AB. Des travaux de l’Afssa en 2003 à ceux de l’Efsa en 2015 en passant par l’étude de l’Inra de 2013 ou les recherches menées par l’université de Stanford en 2012, les conclusions sont identiques: pas de bénéfices significatifs pour la santé !

Seuls points positifs: moins de résidus de pesticides de synthèse et teneurs en antioxydants légèrement plus fortes dans les fruits. À l’inverse, un plus grand nombre de contaminants biologiques a été décelé. Mais que comptent les austères avis scientifiques face à la détermination militante des écologistes, au marketing agressif des groupes comme Carrefour ou Auchan et à la déferlante verte et bio du politiquement correct ?

Manifestation anti-pesticides à Bordeaux en Février 2016 – Vilmauve (Mediapart, Avril 2016)

Les contaminants biologiques (mycotoxines, bactéries) ne sont-ils pas pour l’AB une menace sanitaire autrement plus inquiétante que celle non prouvée des résidus de pesticides détectés à des doses très inférieures au seuil de dangerosité ou celle illusoire des OGM, qui justement permettent de réduire l’utilisation de pesticides ?

 

Controverse :

Plus ou moins de pesticides avec les OGM ?

 

En 2011, une sévère épidémie de gastro-entérite a frappé l’Allemagne, causant 3.000 malades et 43 décès. Les concombres espagnols contaminées par une souche pathogène de la bactérie E. coli produites par une ferme allemande pratiquant l’agriculture biologique furent identifiées responsables de cette grave crise sanitaire curieusement bien peu relatée par les médias. Pour éviter d’affoler les parents d’enfants fréquentant les cantines scolaires où les repas bio sont encouragés par les responsables politiques ? Que serait-il advenu si un pesticide ou un OGM avait été reconnu coupable de ces quarante-trois morts voire d’un seul ?

Rotation des cultures – AREC

Il faut admettre que les bénéfices environnementaux de l’AB ne peuvent être niés, surtout lorsque sont réhabilitées à juste titre des pratiques agronomiques souvent négligées comme l’amélioration de la fertilité des sols ou la rotation des cultures. Cependant, l’usage plus fréquent du travail mécanique générateur d’émissions de CO2 et surtout les rendements plus faibles de l’AB (chute de rendement de 50% entre 1998 et 2008, selon l’Inra) constituent un lourd handicap, qui empêche ce mode de production agricole de répondre au défi alimentaire toujours prégnant ainsi qu’au changement climatique.

 

Controverse:

Oui, l’agriculture biologique peut nourrir la planète

 

Manne pour la grande distribution

En 2010, selon la revue Que choisir ?, le panier bio coûtait 57% plus cher que le panier conventionnel correspondant. La même année, une enquête du magazine L’Expansion annonçait un surcoût de 70% pour un panier d’une trentaine de produits bio de consommation courante achetés dans un hypermarché Auchan en banlieue parisienne. En 2011, l’enquête du magazine Linéaires, spécialisé dans les grandes et moyennes surfaces alimentaires conclut: «manger bio coûte encore 58% plus cher» !

Ces prix élevés sont surtout une manne pour la grande distribution alimentaire, qui promeut activement les produits bio. C’est aussi une opportunité pour les agriculteurs, notamment ceux disposant de main-d’œuvre ou ayant fait le choix de cultures à faible pression parasitaire et faciles à convertir en bio. En revanche, pour le consommateur, l’accès aux produits bio reste surtout réservé aux familles aisées et aux citadins «bio-bobo» !

 

Controverse :

Mes astuces pour acheter bio à moindre coût

 

Pour protéger leurs cultures, les agriculteurs font appel à la chimie de synthèse, comme nous le faisons avec les médicaments pour préserver notre santé. Ces molécules subissent des instances d’évaluation ensuite, de nombreuses études approfondies pour évaluer les risques sanitaires et environnementaux avant d’être commercialisées. En outre, les produits jugés potentiellement les plus dangereux sont retirés progressivement du marché et des progrès considérables ont été faits par les agriculteurs pour les utiliser de façon raisonnée. Mais, sous la pression médiatique et des écologistes, les pesticides restent dans l’opinion un danger majeur. L’agriculture bio surfe sur cette peur de la chimie et le retour en force du naturel idyllique.

 

Ostracisme dogmatique des OGM

Plus étonnant est le rejet des OGM par l’agriculture bio. Les OGM ne sont-ils pas issus des biotechnologies, autrement dit, des «technologies bio» ? Pourquoi cet ostracisme, alors que les agriculteurs bio utilisent sans aucune réticence des semences qui ont subi des modifications génétiques bien plus importantes que les OGM comme les variétés obtenues par mutagénèse ou la variété de blé Renan adoptée par les agriculteurs bio ?

Il est vrai qu’en Europe et en France les OGM sont diabolisés malgré leur adoption massive dans le reste du monde et l’absence de problèmes sanitaires ou environnementaux depuis vingt ans. Belle opportunité pour l’AB de jouer la sécurité auprès des consommateurs ! L’engagement bio est pour certains agriculteurs un choix plus dogmatique que rationnel à l’image des initiateurs de l’agriculture biologique. Quant aux consommateurs bio, ne sont-ils pas victimes malgré eux des «écofictions» anxiogènes et moralisatrices qui abreuvent nos écrans ou des reportages à charge contre les pesticides et les OGM que la télévision marchande de peurs livre sans vergogne ?

Produits chimiques : nos enfants en danger – Cash Investigation (Youtube, Février 2016)

 

Une thérapie «placebio» n’est-elle pas en train de naître chez quelques malades imaginaires technophobes ou naturophiles ?

Serving McDonalds to food experts – LifeHunters (Youtube, Octobre 2014)

Faire le choix agricole ou alimentaire bio, pourquoi pas ? Sauf risque majeur avéré, pourquoi irait-on contre la liberté de choix du citoyen, agriculteur ou consommateur ? En revanche, attribuer de fausses vertus à l’AB, idéaliser le naturel ou susciter la peur de l’industrie chimique et du génie génétique, fruits de l’intelligence de l’homme, n’est-ce pas un comportement trompeur et régressif ?

 

Editorialisation : Léa B, Camille L, Morgane M

 

 

Article original : Cinémathèque de Ouagadougou : le numérique pour sauver un patrimoine inestimable, de Lassane Tapsoba et Marc Bidan, publié le 4 octobre 2016 sur TheConversation

Editorialisé par Esther Simsek, Marine Pflaum et Isabelle Sigelakis


La Cinémathèque de Ouagadougou, en lutte pour sauvegarder le patrimoine audiovisuel africain, a trouvé une solution : la numérisation.

Il s’agit de la survie d’une partie de notre mémoire collective : les fonds de la Cinémathèque africaine de Ouagadougou (CAO), au Burkina Faso, sont en train de dépérir et avec eux un siècle de mémoire audiovisuelle africaine.

Environ 6 000 photos ainsi que 2 000 bobines originales – dont beaucoup ne sont toujours pas inventoriées – doivent être sauvées. Comment préserver ce patrimoine filmique ? La numérisation des archives, avec une solution de gestion électronique des documents (GED), voire de système d’archivage électronique (SAE) selon le statut donné aux contenus, peut contribuer à mener à bien cette mission.

Une mobilisation pour la mémoire cinématographique d’une continent

La CAO, institution publique de l’État burkinabé, a été créée en 1989. L’idée de cette institution originale a germé au sein de la Fédération africaine des cinéastes (Fepaci) et est placée, à sa création, sous la tutelle du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco).

Ce festival, presque unique en son genre sur le continent, offre désormais tous les deux ans aux professionnels de l’image en Afrique à la fois une visibilité artistique, une communauté de pratiques et un tremplin économique.

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Locaux de le Fespaco, situé à Ouagadougou au Burkina Faso – source : site officiel du Fespaco

Installée depuis 2005 dans les nouveaux locaux du Fespaco, à proximité du lit du marigot Kadiogo, la CAO détient dans ses locaux du matériel, des projecteurs (35 mm et numérique), des écrans et des outils de sonorisation. Elle possède surtout – outre des milliers de photos et autres affiches de films – quelques centaines de bobines d’archives audiovisuelles inestimables.

Certaines remontent à la période 1920-1950 et furent tournées dans les colonies africaines ; d’autres nous plongent dans les années 1960, abordant l’agriculture, la santé ou les échanges marchands. D’autres encore concernent les œuvres des grands réalisateurs africains : Souleymane Cissé, Idrissa Ouedraogo, Sembene Ousmane, Moustapha Alassane, Paulin Soumanou Vieyra ou Djibril Diop.

Ce patrimoine filmique se compose de documentaires, de fictions, de films d’actualités, de longs et de courts métrages qui proviennent des cinématographies de toutes les régions d’Afrique et en particulier de la Cedeao.

Un patrimoine soumis à tous les dangers 

Ce patrimoine a subi de multiples agressions – climatiques et humaines – depuis sa création. Il a notamment été touché par l’inondation de septembre 2009 et l’incendie de sa salle multifonctionnelle en janvier 2013. 

Malgré une modernisation des locaux en 1995, la cinémathèque est confrontée à une humidité excessive et à une température élevée dues aux variations du climat de la zone sahélienne, ainsi qu’aux effets du vent et de la poussière.

Carte mondiale des risques connus aux changements climatiques
Carte mondiale des risques liés aux changements climatiques – source : L’Atlas des minorités, hors-série La Vie/Le Monde, 2011

Il faut aussi déplorer divers actes de malveillance et autres incidents involontaires lors des manipulations, de même que le simple manque de formation du personnel, de sensibilisation des autorités de tutelle et l’étroitesse du budget alloué par l’État au Fespaco ; tout ceci alimente la crise de la gestion des archives.

La gestion des archives dans le monde – source : Pearltrees Estherd

Des solutions possibles pour éviter la disparition du patrimoine

Si nous excluons la délocalisation territoriale de ces archives – pour des raisons liées à l’histoire, à l’expertise, à la légitimité et à l’activité artistique et économique de Ouagadougou dans la sous-région – il reste alors la solution de leur préservation physique et virtuelle.

La préservation physique passe par des moyens techniques pérennes. La modernisation et la mise en sécurité de la salle de conservation des archives, la formation de son personnel, la sensibilisation des autorités de tutelle et le renforcement des coopérations (Unesco, Ina, etc.) sont des pistes tout à fait envisageables.

La préservation virtuelle engage le processus de numérisation des documents, grâce notamment à des solutions de type GED qui consistent à préparer, numériser, stocker et distribuer les documents, ce qui est également tout à fait possible.

Explication de ce qu’est la GED par l’entreprise Docuware (France) – source: Chaîne Youtube Docuware français

Faire appel à des acteurs privés, comme la fondation de Martin Scorcese ou aux cinémathèques mondiales, voire à l’Unesco, pour tenter de sauver ces milliers de bobines de la CAO peut représenter une option. Mais force est de constater que dans ce type de projet, les solutions ancrées localement sont bien souvent les plus performantes. C’est notamment le cas du projet d’archivage numérique porté par le Cirtef à destination des radio-télévisions de la « francophonie numérique ».

Un défi parmi tant d’autres à relever

Le défi de la préservation, de la restauration et de la pérennisation des archives audiovisuelles en Afrique est aujourd’hui bien connu. Mais il reste peu médiatisé. Et cette ignorance risque – pour de multiples raisons (pillage, commerce illicite, climat, conflits…) – de toucher plus largement une grande partie de la mémoire africaine.

Il est toutefois aisé de comprendre que les priorités sont ailleurs ! Face aux contraintes économiques, démographiques, alimentaires, sanitaires, militaires et géopolitiques auxquelles sont confrontées les nations africaines, ces problématiques patrimoniales semblent secondaires.

Ce continent n’est pas le seul touché par ces problématiques, le patrimoine mondial lui-même est en danger. Pour alerter les populations de ce fait, l’Unesco a d’ailleurs publié une liste de 55 biens considérés en péril.

Un contexte perturbé et une croissance rapide font, pourtant, de cette préservation un enjeu majeur. On l’a vu, des solutions numériques, fiables, robustes et portées par des acteurs locaux, existent. Leur déploiement peut aider concrètement à préserver le patrimoine de la CAO, voire même à le valoriser via la puissance de diffusion de plateformes gratuites et/ou payantes selon les contenus et les publics visés (VoD, streaming légal, etc.).

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Affiche du Festival FESPACO 2017 – source : site officiel

De plus, à quelques mois du Fespaco qui se tiendra en février 2017 et de son effervescence créative, l’accès à ce riche passé filmographique s’avère d’autant plus important que le futur de la production audiovisuelle est aujourd’hui heureusement prometteur.

Article d’origine : http://www.internetactu.net/2013/03/04/les-objets-intelligents-nous-rendent-ils-betes/

L’internet des objets a fait une apparition récente mais remarquée dans nos quotidiens. Cette extension d’Internet à des choses ou des lieux du monde physique a été l’occasion pour de nombreux chercheurs de se questionner sur ce phénomène. Parmi ces chercheurs, Evgueny Morozov (@evguenymorozov), un chercheur biélorusse qui a tenté de répondre à la problématique suivante : les objets intelligents nous rendent-ils bêtes ?

L’exemple de la Poubelle Intelligente

Morozov prend pour commencer l’exemple d’une poubelle intelligente créée par un groupe de designers britanniques et allemands. A chaque fois que vous en ouvrez et refermez le couvercle, cette poubelle prend une photo qui permet l’analyse de vos déchets, et elle partage cette photo avec vos amis Facebook. L’idée étant, évidemment, de vous rendre vigilant en matière de recyclage de vos déchets et de gaspillage alimentaire et, le cas échéant, d’influer sur vos comportements. Morozov voit là la convergence de deux tendances qui travaillent en profondeur le monde qui nous entoure. Tout d’abord la prolifération d’objets connectés – ce qu’on appelle l’internet des objets -, d’objets qui ne sont plus bêtes et passifs, mais qui, avec l’aide d’un peu d’intelligence artificielle, peuvent distinguer un comportement responsable d’un comportement irresponsable, et même punir le comportement irresponsable et valoriser le comportement responsable, ceci en temps réel. La seconde tendance, c’est la possibilité, via Facebook et Google, de socialiser cette nouvelle interaction avec l’objet, de la rendre visible à nos amis. Ce sont là les ingrédients essentiels de ce qu’on appelle les technologies intelligentes.

Image : Un profil augmenté de ses déchets sur Facebook, via le projet BinCam.

 

Test du projet Bin Cam.

Des objets intelligents ou inquiétants ?

Pour Morozov, certaines de ces technologies sont relativement inoffensives et pas fondamentalement révolutionnaires – la montre qui vibre quand vous êtes poké sur FB, la balance qui twitte votre poids à vos followers sur Twitter ou le pilulier qui alerte votre docteur si vous oubliez de prendre vos médicaments. Mais d’autres technologies intelligentes ouvrent des perspectives plus inquiétantes. Car beaucoup de penseurs de la Silicon Valley voient là le moyen d’améliorer les comportements. Ce n’est plus de l’ingénierie de produit, mais de l’ingénierie sociale. Et Morozov de remarquer une tendance chez ces penseurs de la Silicon Valley à designer le monde ou la réalité comme broken, cassés, brisés. « Des voitures intelligentes aux lunettes intelligentes, écrit-il, cette « intelligence » est considéré par la Silicon Valley comme le moyen de transformer la réalité sociale d’aujourd’hui et les âmes désespérées qui l’habitent. » Mais il y a pour Morozov motif à s’inquiéter de cette révolution qui se profile.

« A mesure qu’elles deviennent plus intrusives, explique-t-il, les technologies intelligentes risquent de toucher à notre autonomie en supprimant des comportements que quelqu’un, quelque part, aura désignés comme indésirables. Les fourchettes intelligentes nous informent que nous mangeons trop vite. Les brosses à dents intelligentes nous incitent à passer plus de temps à nous brosser les dents. Les senseurs de nos voitures peuvent nous dire si nous conduisons trop vite ou freinons trop brutalement. »

Morozov ne nie pas l’utilité de ces informations, mais il met en garde contre le fait qu’elles peuvent intéresser des institutions qui ont tout intérêt à surveiller nos comportements. A commencer par les compagnies d’assurance, qui offrent déjà des réductions sur leurs polices aux conducteurs qui acceptent d’installer des senseurs intelligents dans leur voiture. Combien de temps faudra-t-il pour que ce soit obligatoire pour avoir une assurance ? demande Morozov.

 Ca fait l’actu: Des hackers Chinois prennent le contrôle de voitures Testa à distance, cliquez ici

Les objets connectés et les français.

Une intelligence à nuancer

Pour lui, il est essentiel de faire la différence entre « bonne intelligence » et « mauvaise intelligence ». Et privilégier évidemment celle qui nous laisse le contrôle total de la situation et a comme seul but d’améliorer la prise de décision en fournissant des informations. Morozov considère comme « mauvaises » les technologies qui prennent une décision à notre place et interdisent certains comportements. Il écrit:

« Le problème de beaucoup de ces technologies est que leurs concepteurs, tout à leur idée de dénicher les imperfections de la condition humaine, s’arrêtent rarement pour se demander combien de frustration, d’échec et de regret il est nécessaire pour que le bonheur et le sentiment d’accomplissement aient du sens. Bien sûr c’est formidable quand les objets qui nous entourent fonctionnent bien, mais c’est encore mieux quand, accidentellement, ils cessent de bien fonctionner. C’est comme cela, après tout, que nous gagnons un espace pour prendre des décisions – dont la plupart sont indubitablement très mauvaises – et que, d’échecs en erreurs, nous murissons jusqu’à devenir des adultes responsables, tolérants au compromis et à la complexité. Ces espaces d’autonomie seront-ils préservés dans un monde rempli de technologies intelligentes ? » se demande Morozov.

Un exemple de la pensée de Morozov, la fourchette intelligente qui calcule le temps entre chaque bouchée. Utile ou gadget ?

Ce qui se profile, c’est notre infantilisation, voire la pauvreté intellectuelle. Le monde transformé en un lieu dont toute erreur est bannie, où il est impossible de dévier de la voie tracée. Un monde qui ressemble plus à une usine tayloriste qu’à une incitation à innover. Car, selon lui, « tout artiste ou chercheur le sait, sans un espace protégé, et même sanctuarisé, où l’erreur est possible, l’innovation cesserait d’exister. » Morozov ajoute : « Des technologies intelligentes, au sens humain du terme, ne devraient pas avoir pour fonction de trouver les solutions pour nous. Ce dont nous avons besoin, c’est qu’elles nous aident à résoudre les problèmes » 

Il conclut :

« Si les designers de ces technologies ne prennent pas acte de la complexité et de la richesse de l’expérience humaine – avec ses failles, ses défis et ses conflits -, leurs inventions finiront dans la poubelle intelligente de l’Histoire. » 

Intelligents ou dangereux, ces objets aujourd’hui font désormais partie de nos quotidiens. Sur le site du ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche une catégorie a fait son apparition, une catégorie «enseignement technonologique» . De quoi présager l’utilisation et l’intégration des objets conectés dans l’enseignement des futurs générations.

Pour aller plus loin: Réfléxion relayée par Bernard Benhamou sur les technologies dites « invisibles », disponible sur Cairn

Editorialisation: Adeline G

Article source: L’humain, la machine, l’émotion et le créateur (The Conversation) 

Nos concitoyens laissent de plus en plus aux machines le soin de réaliser des tâches qui, lorsqu’ils les réalisaient eux-mêmes, contribuaient à développer leur mémoire et leur vivacité intellectuelle, paramètres qui interviennent dans les performances de QI.

L'homme machine (Julien WOLGA - Youtube)
L’homme machine (Julien WOLGA – Youtube)

Depuis une dizaine d’années, les recherches en interaction homme machine (IHM) explosent. De l’écran tactile multipoints à l’aide aux personnes handicapées et aux supports à l’interprétation des grands volumes de données, ces recherches visent à révolutionner le rapport entre l’homme et la machine. Comme le dit Inria (Institut national de recherche en informatique et en automatique) au travers de cet article, il y a un investissement du domaine avec 5 équipes qui font aujourd’hui de l’institut l’un des grands centres de recherche sur l’interaction Homme-Machine.

 

 

L’Homme-machine

Grâce à des systèmes mimant certains principes de fonctionnement, ces dispositifs gardent la mémoire des tâches qu’ils réalisent et des problèmes rencontrés, ils peuvent le cas échéant interagir avec d’autres ensembles de même type auxquels ils sont connectés, et accroître de la sorte et de manière autonome leurs performances, élargir le spectre de leurs possibilités. A terme, (ils) ne dépendront plus obligatoirement de l’intervention humaine.

C’est pourquoi la machine est désormais appelée à l’emporter sur les meilleurs spécialistes concernés. En effet, aucun médecin, même le plus perspicace, doté d’une expérience exhaustive, ne pourra jamais à terme, pour parvenir au diagnostic difficile d’affections exceptionnelles qu’il n’a encore jamais rencontré, rivaliser avec des systèmes informatiques auto évolutifs.

Pour un nouveau médecin, l’intelligence artificielle permet – ou permettra de prendre des décisions plus rapides. Un des exemples utilisés dans un des articles du JDN est celui de l’administration de médicaments. Le logiciel d’intelligence artificielle donne :

Etat général du malade, espérance de vie, âge… Les facteurs à prendre en compte pour décider de prescrire ou non le traitement sont multiples.

 

 

Une émotion artificielle?

L’intelligence artificielle est au cœur de nombreuses recherches de nos jours. Il y a des avis différents sur la prochaine étape que devrait entre prendre les recherches : notamment 15403205_1383501698327965_1089301061_nle bloggeur Stéphane Gaufre.  Ceci étant dit, beaucoup de développeurs s’intéressent au prochain créneau de l’évolution. Dernièrement, c’est la compagnie d’applications mobiles Uber qui commence à investir dans l’intelligence artificielle. Selon cet article, Uber a ouvert un laboratoire dédié à la recherche sur l’intelligence artificielle.

Un autre enjeu important pour la robotique et l’intelligence artificielle reste l’émotion. Selon un autre article de The Conversation, on se demande si les robots peuvent exprimer des émotions. On ne sait pas tellement si les machines peuvent ressentir ces choses – la douleur, le bonheur, etc. Dans la culture populaire, on retrouve beaucoup cette idée – notamment avec des films comme I, Robot.

 

 

 

La machine n’a pas de corps, mais on peut bien entendu programmer une machine à ressentir des émotions « électroniques » mais on ne peut pas être certains de la signification de ces dispositifs. On ne peut réellement comparer les émotions humaines et robotiques.

Pour finir, intéressons-nous à quelques données concernant les français et leurs relations aux machines. Elles font pleinement parties de nos vies quotidiennes, mais jusqu’où sommes nous prêts à aller?

 

(Pour plus d’informations, visitez ces quelques adresses: Inria, CNRS, I.A par l’Express)

Article source: « She as he, genre et politique » (The Conversation)

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Quelle est la place de la femme en France, en Europe, dans le monde arabe ? Pour Pascale Boistard, Secrétaire d’État chargée des droits des femmes :

« Il y a sur notre territoire des zones où les femmes ne sont pas acceptées ». Il y aurait, donc, une forme de « morale mal placée » qui conduit à ce que l’espace public, censé appartenir autant aux hommes qu’aux femmes, se retrouverait restreint pour les femmes. Et, donc, « nous, au secrétariat d’État, nous en avons fait un objectif central. Nous avons commencé par agir sur le harcèlement dans les transports, puis nous allons ouvrir la question à un champ plus large »

Egalité homme-femme : le débat politique

Source: Pixabay
Source: Pixabay

Ces dernières années, la question de l’égalité des sexes s’est retrouvée au cœur de nombreux débats sociétaux. Le dernier en date est celui de la campagne à la présidence de la République 2017. En effet, comme rapporte un article paru en ligne sur le Figaro, Alain Juppé et François Fillon ont chacun établi un programme concernant la question. Alain Juppé aurait proposé un programme en quatre axes : « lutter contre les violences faites aux femmes, s’attaquer à la pauvreté et à la précarité, promouvoir une égalité globale de traitement professionnel, renforcer l’égalité dès le plus jeune âge et augmenter la mixité des métiers ». De l’autre côté, Français Fillon propose trois mesures : « des mesures en direction des mères isolées, la nécessité de lutter contre les violences faites aux femmes et de garantir la protection des enfants et l’égalité hommes-femmes ». Parmi les propositions qui ont marqué le paysage médiatique, François Fillon parle de faire « augmenter les délais de prescription de plainte pour les femmes victimes d’agression sexuelle » puisque ces dernières ont souvent besoin de beaucoup de temps avant de porter plainte.

 

La question de la rémunération est centrale. De nombreuses études se font sur le sujet. Sur le site du gouvernement Open Data, on retrouve beaucoup de jeux de données mais celui qui nous intéresse traite des écarts de salaires entre les hommes et les femmes.

 

L’égalité dans l’éducation

Plus généralement, on pourrait citer le site Internet des « Outils pour l’égalité entre les filles et les garçons » qui a pour objectif de rappeler les grands enjeux, à l’école et par l’école, d’une culture de l’égalité entre les filles et les garçons, entre les femmes et les hommes.

Rappelons, enfin, qu’établir une égalité réelle entre femmes et hommes dans la recherche et l’enseignement supérieur est un défi majeur que l’Europe cherche à relever depuis déjà plusieurs années. Dans cette optique, elle soutient notamment des projets visant à des changements structurels dans la recherche en matière d’égalité femmes-hommes : c’est le cas du projet EGERA.

 

Source: Kaz (Pixabay)
Source: Kaz (Pixabay)

 

 

Le monde du travail : les femmes encore trop peu représentées

Source: BarackObama.Com
Source: BarackObama.Com

Depuis les débuts de la lutte pour l’égalité, peut-on dire que les femmes ont une meilleure situation aujourd’hui ? Ce n’est pas exactement ce que rapporte ce rapport des Nations Unies de 2015. Bien qu’on ne puisse dire qu’on en reste au même point, il serait bien rapide de crier victoire. Il reste encore un long chemin à nos gouvernements pour arriver à cet objectif qui pourtant, ne devrait pas être si complexe à atteindre.

Les femmes restent victimes de violence – physique ou verbale sur leurs lieux de travail. Le cas de l’armée revient de façon récurrente. Bien que la France ait une des armées les plus féminisées (après les Etats-Unis, la Hongrie, Israël et l’Australie), les militaires femmes ne sont pas traitées avec le même respect que leurs homologues masculins. Il y a deux ans, la sortie du livre La guerre invisible (dénonçant la loi du silence concernant les violences faites aux femmes dans l’armée) a provoqué un certain tollé. Aux suites de cette parution, une enquête interne a été lancé au sein du ministère de la défense. Selon ses dires de l’époque, rapporté dans Le Monde, « nous allons rompre la loi du silence partout où elle subsisterait. Affirmer haut et fort la place des femmes au ministère de la défense ».

 

Réseaux sociaux : le nouveau terrain d’affrontement

Source: Clker-Free-Vector-Images sur pixabay
Source: Clker-Free-Vector-Images sur pixabay

Dernièrement, c’est le Tumblr Paye ton taf qui fait parler de lui. Il recense des témoignages anonymes de sexisme sur le lieu de travail. Réflexions sur l’intelligence des femmes, leurs corps, et remarques sexuelles à peine voilées…

De nombreuses féministes se donnent rendez-vous sur les réseaux sociaux pour tenter de faire avancer la cause et donner leurs avis : c’est le cas de JeSuisFeministe  et de Feministing. A travers le monde, il existe de nombreuses icônes – qu’elles soient artistes, femmes au foyer, femmes de ménage… Une artiste qui rencontre un fort succès sur la toile reste Rupi Kaur – la jeune femme de 24 ans a commencé sa carrière en postant ses poèmes empreint de féminisme sur son compte Instagram.  Elle est notamment connue pour avoir posté une série de photos allant à l’encontre du tabou sur les menstruations. La controverse est partie d’Instagram – supprimant la photo, indiquant qu’elle ne respectait pas les règles de vie du réseau social avant de réintégrer ladite image.

Dans la lutte pour l’égalité homme-femme, on peut parler de différents courants, différentes façons d’aborder le changement d’une société patriarcale. D’un côté, les pseudo-événements lancés par les Femen qui garantissent toujours une couverture médiatique importante. Le groupe féministe d’origine ukrainien tend à défendre les droits de femme en s’appuyant sur un « féminisme radical » que les membres appellent sextrémisme. De l’autre, pour le même fond, on se retrouve face au visage doux de Malala Yousafzai – Prix Nobel de la Paix en 2014. L’UNESCO et le gouvernement pakistanais lancent le Malala Fund, fond pour l’éducation des filles en hommage à la jeune femme.

Source: Wikimedia Commons
Source: Wikimedia Commons

 

 

Qu’il s’agisse de mouvements pacifistes ou non, la question de l’égalité homme-femme reste au cœur des discussions sociales et politiques. En plein milieu de la campagne à l’élection présidentielle française, ne reste qu’une question: malgré de belles déclarations, quelles actions concrètes comptent mener les candidats à la Présidence?

     Article original: Accès à l’IVG, le monde à mi-chemin, par Cathérine Mallaval, Virginie Ballet et BIG, publié le 27 septembre 2016 sur Libération

Éditorialisé par Esther Simsek, Marine Pflaum et Isabelle Sigelakis 


C’est un droit si fragile que, même en France, quarante et un ans après l’adoption la loi Veil autorisant l’avortement, on en est encore à combattre. Dans le viseur de la ministre des Droits des femmes, ces sites internet «pro-vie» qui avancent masqués pour véhiculer des informations biaisées sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG).


Sites pro vie – source : Pearltrees de isabellesigelakis

Un amendement au projet de loi «égalité et citoyenneté» devrait permettre d’élargir encore le délit d’entrave à l’avortement à ces désinformateurs en ligne. A la clé : deux ans de prison et 30 000 euros d’amende.

C’est un droit si fragile que se tient ce mercredi une journée mondiale prônant la dépénalisation de l’avortement sur une planète où seuls 61 Etats autorisent l’IVG sans restriction. Bilan : seulement 39,5 % des femmes dans le monde ont pleinement accès à ce droit. De ce fait, plus de 21 millions d’avortements clandestins sont pratiqués dans le monde par an (sur 43,8 millions d’avortements au total), engendrant près de 47 000 décès consécutifs.

l'avortement dans le monde: progrès et reculs source: blog petravolta
L’avortement dans le monde : progrès et reculs – source: The World Abortion Laws

C’est un droit sans cesse remis en cause. Flagellant sur sa base, l’Espagne a bien failli l’envoyer valser. En ce moment, la Pologne se durcit, tandis que d’autres font depuis longtemps de l’obstruction : Malte, Chypre, Andorre, Suriname, Honduras… Sans oublier l’impitoyable Irlande du Nord.

«Si on veut être optimiste et que l’on considère ces cinquante dernières années, alors oui on assiste à une libéralisation. Mais il y a aussi des reculs et des poches de résistance, observe Amapola Limballe, membre de la commission «Femmes» d’Amnesty International France. En outre, un seul état des lieux du droit à l’avortement ne rend pas compte de tous les obstacles pratiques auxquels doivent faire face les femmes dans le monde : les fermetures de clinique, les demandes d’autorisation du conjoint, le harcèlement à l’entrée des hôpitaux, etc.»

Désespérant ? «Heureusement, chaque fois que ce droit est menacé, des contre-feux s’allument dans la société civile. Comme on l’a vu en Espagne», note Amapola Limballe. Et puis, certains s’ouvrent petit à petit. Ainsi le Chili, qui faisait partie du club des plus stricts, est en train d’examiner une proposition de loi qui établirait des exceptions en cas de viol ou d’inceste. Pas la panacée, mais un petit pas.

Salvador : l’enfant ou la prison

Au Salvador, l’avortement est absolument illégal, comme au Suriname ou au Honduras. Qu’importe que la grossesse résulte d’un viol, d’un inceste ou présente un risque pour la vie de la mère : elle doit être poursuivie à tout prix selon la loi de ce petit pays catholique d’Amérique centrale. Ne pas s’y conformer fait encourir des peines de prison de huit à vingt ans aux femmes. Une vingtaine de femmes seraient d’ailleurs actuellement emprisonnées. «La terrible répression à laquelle font face les femmes et les jeunes filles du Salvador […] s’apparente à des actes de torture»,dénonçait Amnesty International en 2014.

Le Salvador: La violence contre les femmes et l’interdiction de l’ivg – source : Pearltrees isabellesigelakis

Ce qui n’a pas empêché le parti conservateur Arena de présenter cet été une proposition de loi visant à imposer des peines allant de trente à cinquante ans de prison pour les femmes mettant fin à leur grossesse, soit l’équivalent des assassinats avec actes de cruauté.

Irlande : une «violation des droits fondamentaux»

C’est un sérieux rappel à l’ordre qui a été adressé à l’Irlande (1) en juin : le Comité pour les droits humains des Nations unies a estimé que la législation du pays sur l’avortement, l’une des plus sévères d’Europe, a engendré une violation des droits fondamentaux d’Amanda Mallet. La jeune femme s’était vue refuser un avortement malgré une malformation fœtale mortelle. Dans ce pays, l’avortement est un crime passible de prison. Et depuis trente-trois ans, le droit à la vie de l’enfant à naître est inscrit dans la Constitution. Conséquence : environ 4 000 Irlandaises se rendraient chaque année à l’étranger pour une IVG. Toutefois, il y a trois ans, le Parlement a adopté une loi autorisant l’interruption d’une grossesse en cas de risque «réel et substantiel» pour la vie de la femme enceinte.

Pologne : plus dure sera la loi

Des opposants au projet de loi interdisant l’avortement manifestent en avril à Varsovie. Photo : Wojtek Radwanski – source: AFP

Votée en 1993, la loi en vigueur en Pologne n’autorise l’avortement qu’en cas de risque pour la vie ou la santé de la mère, d’examen prénatal montrant une pathologie grave et irréversible chez l’embryon ou de grossesse résultant d’un viol ou d’un inceste.

Des Polonaises manifestent contre la proposition de loi interdisant l’avortement, le 3 octobre 2016 à Varsovie. Photo: Janek Skarzynsky – source: AFP

C’est l’une des plus restrictives d’Europe. Comme si cela ne suffisait pas, le Parlement conservateur poursuit ses travaux sur une proposition d’initiative citoyenne déposée par le comité «Stop avortement», interdisant complètement l’avortement, à une exception près : lorsque la vie de la femme enceinte est en danger immédiat. Moins de 2 000 avortements légaux sont pratiqués chaque année en Pologne. Le nombre des IVG clandestines ou pratiquées à l’étranger reste inconnu. Les organisations de défense des droits des femmes l’estiment entre 100 000 et 150 000.

Italie : les gynécos font objection, les nouveaux directeurs de conscience

1978, une loi autorise les femmes qui chantent dans les rues de Rome «l’utero è mio e me lo gestisco io !» («c’est mon utérus, c’est moi qui le gère !») à avorter. Problème, ce texte souffre d’une faille judiciaire : il autorise les médecins à refuser de pratiquer des avortements pour des raisons religieuses ou personnelles en se déclarant objecteurs de conscience. Or, le nombre de médecins faisant jouer cette clause de conscience ne cesse d’augmenter : 70 % des gynécologues l’invoquent.

L’Italie s’émeut d’un drame de l’avortement – source : Europe1fr

Ils sont encore davantage dans certaines régions du Sud. Alors que le gouvernement estime à quelque 12 000-15 000 le nombre d’avortements illégaux par an, des sources indépendantes avancent, elles, le chiffre de 50 000 cas.

 

Afrique : interdire et faire mourir

Les lois les plus strictes n’empêchent pas les femmes d’avoir recours à l’avortement, mais cela les pousse à entamer des «procédures à risques» (médicaments, solutions toxiques, introduction d’objets dans l’utérus…), qui peuvent entraîner la mort. C’est particulièrement le cas en Afrique.

Selon l’institut Guttmacher, organisation non gouvernementale américaine spécialisée dans la recherche sur la santé sexuelle et reproductive, «presque tous les décès imputables à l’avortement surviennent dans les pays en développement, principalement en Afrique». Sur ce continent, où seuls trois pays (le Malawi, la Tunisie et l’Afrique du Sud) autorisent l’interruption volontaire de grossesse sans restriction, 98 % des avortements pratiqués seraient «non médicalisés»,selon les termes de l’Organisation mondiale de la santé. Résultat : pour l’Afrique subsaharienne, le taux de mortalité s’élève à 460 avortements sur 100 000, contre 0,6 pour les Etats-Unis.

Etats-Unis : un sujet passionnel

Janvier 1973, les Etats-Unis légalisent l’avortement. Par sept voix contre deux, les juges de la Cour suprême (arrêt Roe v. Wade) autorisent les femmes à décider librement d’une interruption d’une grossesse. Juin 2016, la Cour suprême réaffirme avec force ce droit, question passionnelle qui n’a jamais cessé de déchirer le pays pour moitié hostile à l’avortement.

A cinq juges contre trois, l’instance juge illégale une loi de 2013 au Texas qui impose aux cliniques pratiquant des avortements de posséder un plateau chirurgical digne d’un milieu hospitalier. Cet arrêt de la Cour suprême, au-delà du cas texan, est un revers cinglant pour les «pro-life» qui, dans 27 Etats (essentiellement du Sud), ont obtenu le vote de restrictions sévères au droit à l’interruption volontaire de grossesse, créant une sorte de «désert de l’avortement» de la Floride au Nouveau-Mexique, en passant par le Midwest.

Asie, Europe orientale : avortements sélectifs

En moyenne, dans le monde, il naît 105 garçons pour 100 filles. Mais la Chine, l’Inde et d’autres pays d’Asie enregistrent une proportion anormalement élevée de garçons chez les nouveau-nés, liée notamment à des avortements sélectifs. Il naît près de 118 garçons pour 100 filles en Chine. Et les Nations unies estiment à environ 500 000 chaque année en Inde le nombre d’interruptions volontaires de grossesse destinées à éviter la naissance d’une fille. Voilà la face très noire de l’avortement. Encore assombrie depuis la publication en 2013 d’un rapport de l’Institut national des études démographiques (Ined) intitulé la Masculinisation des naissances en Europe orientale sur le développement des avortements sélectifs dans le Caucase du Sud et l’ouest de Balkans. Notamment en Arménie et en Azerbaïdjan.

Article original : Marine Albarede, « Consommation Collaborative : l’enjeu du financement et de la gouvernance« , InternetActu, 21/04/2015

Éditorialisation: Meryem B, Bassira C, Alexis B


Consommation collaborative : Seriez-vous prêt à vous lancer ?

 En France, la consommation collaborative connaît une place de plus en plus imposante et les français ne rechignent pas avoir recours à cette pratique apparue ces dernières années. La première partie de cette article issue d’InternetActu, tisse le lien entre l’aspect coopératif et économique de ce modèle. La consommation collaborative prend de plus en plus de place dans notre société, se questionner sur l’avenir, les succès et échecs de ce système en devient primordial. L’enjeu serait pour ce système de gagner en coopération, à travers des circuits alternatifs de financement et de gouvernance.

 

La consommation collaborative recouvre des initiatives et projets divers ; elle propose des services pairs à pairs qui mettent en relation directement les individus entre eux, mais aussi d’autres dans lesquels les particuliers s’organisent pour la gestion de ressources communes. Les questions de la gouvernance et de la répartition de la valeur,… au sein de ces initiatives auraient pu rester non posées, mais les craintes de voir les grandes plateformes de la consommation collaborative concentrer toujours plus de valeurs sans que les usagers n’aient leur mot à dire amènent à s’interroger sur les modèles à l’oeuvre.

Dans ce paysage collaboratif, les exemples d’initiatives plus modestes (proches de l’Economie sociale et solidaire (ESS), du type AMAP, SEL, mais aussi des supermarchés coopératifs…) ayant instauré un mode de fonctionnement coopératif ne manquent pas ; et si c’était dans ces principes de gouvernance, valeur, expérience… plus partagées que la consommation collaborative pouvait pleinement s’épanouir ?

Vidéo Youtube : Netinvestissement.fr / BFM Business,  14 Mars 2014

QU’EST-CE-QUE LE CROWDFUNDING ? Le financement participatif, ou crowdfunding  («  financement par la foule ») est un mécanisme qui permet de collecter les apports financiers – généralement des petits montants -d’un grand nombre de particuliers au moyen d’une plateforme sur internet  – en vue de financer un projet. Deux parties sont mises en présence : l’épargnant qui souhaite investir une certaine somme d’argent dans un projet auquel il croit et le porteur de ce projet qui ne possède pas les fonds nécessaires pour le mettre en œuvre. L’un et l’autre se rencontrent sur internet via une plateforme dédiée : Les projets sont présentés par leurs porteurs et les épargnants choisissent de financer ceux qui les intéressent à hauteur de ce qu’ils souhaitent investir. Plusieurs  modalités  de financement participatif existent: le don (avec ou sans contrepartie), le prêt (avec ou sans intérêts) et l’investissement en capital. (source : www.entreprises.gouv.fr)

Doit-on encourager la consommation collaborative ? 


La consommation collaborative ne se résume pas à une « uberisation » économique. 

campagne de publicité de la société UBER, rentrée 2016
campagne de publicité de la société UBER, rentrée 2016

Pour beaucoup de monde (et de média…), la consommation collaborative est surtout représentée par les grandes plateformes que sont Airbnb, BlablaCar, Uber [1],… Dans les faits, ces grands exemples régulièrement cités ne sont que l’arbre qui cache la forêt d’un paysage très divers et en mouvement. Des modèles marchands cohabitent avec du non-marchand, des services ou plateformes locaux avec des services déterritorialisés ou agissant à des échelles différentes,… Bien sûr, toutes les initiatives de consommation collaborative ne visent pas à croître de façon exponentielle ni à passer à l’échelle (ce n’est par exemple pas du tout l’objectif d’initiatives hyperlocales type SELs, AMAPS, etc.). Mais chaque jour voit le lancement de plusieurs startups de la consommation collaborative dont toutes ne réussiront pas à s’imposer durablement dans le paysage, et le taux de mortalité de ces initiatives reste élevé. Le modèle de développement des Airbnb, BlablaCar et autres, que beaucoup prennent en exemple, est-il systématiquement à suivre ? Au-delà du fait qu’il sera dans les faits difficile à suivre pour la plupart des plateformes/services, dont la proposition de valeur n’est pas toujours claire et qui arrivent sur un marché déjà encombré, ce modèle interroge. 

dessin proposé par : http://manosque.cartridgeworld.fr/
dessin proposé par : manosque.cartridgeworld.fr

Valeurs et partage : les fondements du financement collaboratif

Les critiques qui voient le jour autour de l’évolution de ces plateformes, émanant d’utilisateurs de la première heure, mettent le doigt sur un des problèmes : les utilisateurs, qui contribuent pourtant aux services en proposant leurs véhicules, leurs services, leurs logements, leur « force de travail »… n’ont pas (ou peu) leur mot à dire quant à l’évolution des services. 

Dessin de Jean-Jacques Beltramo, dessinateur de presse

« Passage au mode payant de Blablacar, le début de la fin pour le covoiturage ![ …] Côté chiffres, il n’y a rien à dire, en opérant ce virage à 360°, le site a vu exploser son nombre d’inscrits et par là même son chiffre d’affaires. Mais en gagnant des inscrits, le site et son équipe en ont perdu les fondements du covoiturage, basé sur la confiance d’autrui et le partage.[ …] avec plusieurs millions d’utilisateurs, d’autres moyens sont possibles pour la monétisation d’un modèle comme Covoiturage.fr, sans pour autant passer par une taxation systématique du voyage [ …] Le covoiturage n’est plus social, il est purement économique » estime un covoitureur de la première heure.

En somme, l’expérience devient déceptive. En laissant place au service, le sentiment d’appartenance s’estompe, et la valeur semble toujours plus concentrée…

Les modèles d’une économie fonctionnant grâce aux contributions de ses utilisateurs peuvent-ils continuer à se développer de la même façon que ceux de l’économie traditionnelle, en n’associant pas les utilisateurs et clients à la décision ? La question agite certains usagers et acteurs de la consommation collaborative. Et il nous semble également que c’est un défi à relever pour que l’économie collaborative ne sombre pas dans l’économie à la demande.

Le financement, nœud du problème.

Les startups de la consommation collaborative semblent prises dans une sorte d’engrenage quasi infernal : leur trajectoire de financement et de développement (comme pour les startups plus globalement) les pousse à une croissance rapide. Les objectifs, la promesse de valeur économique doivent être ambitieux à court terme, pour que celles-ci trouvent les financements nécessaires auprès des Business Angels et Venture Capitalists, qui escomptent un retour sur investissement important. La croissance des services se fait ainsi parfois au détriment des utilisateurs, qui ne sont pas associés à la décision (par exemple aux modifications des conditions d’utilisation, fréquentes) dans un souci de ne pas ralentir la croissance de la startup. La réflexion sur le partage de la valeur et la conservation d’une véritable expérience collaborative, lorsque le service se développe, sont souvent un peu vite occultées.


La pratique doit prendre une forme nouvelle.

baromètre 2015 du financement participatif en France, édité par financeparticipative.org
baromètre 2015 du financement participatif en France, édité par financeparticipative.org

Alors qu’une grande partie des consommateurs collaboratifs déclare « rechercher du sens » avec ces modes de consommation, avec pour certains une envie de s’impliquer d’une manière plus active, l’expérience de consommation proposée par les startups de l’économie à la demande n’est pas fondamentalement différente de celle proposée par l’économie traditionnelle – si ce n’est que le service est assuré par d’autres particuliers au lieu d’une organisation. Les consommateurs-contributeurs commencent eux aussi à faire part de leur mécontentement : en mai 2014, une « centaine de chauffeurs d’Uber a manifesté devant le siège de l’entreprise à San Francisco [ …] contre les fluctuations de tarifs que décide unilatéralement la société dans la plus grande opacité, contre l’absence d’écoute de leurs besoins et contre les menaces face à toute mauvaise note reçue d’un passager qui peut les faire exclure du service… ». Certes, il s’agit avec Uber de professionnels indépendants, et pas tout à fait de consommation collaborative (autre exemple, la revendication collective de travailleurs du Mechanikal Turk d’Amazon fin 2014) mais l’exemple est également révélateur de la tension existante entre des modèles distribués, dans lesquels la décision et la gouvernance ne sont pas partagées.

De tels modèles pourraient même s’avérer plus risqués à terme : « vous ne pouvez pas vraiment remédier aux problèmes économiques d’aujourd’hui en utilisant les mêmes structures d’entreprises qui ont créé les problèmes économiques que l’on connaît », souligne Janelle Orsi pour Shareable, expliquant qu’en raison de leur mode de gouvernance et de propriété, les Airbnb, TaskRabbit et autres pourraient être rachetés par des organisations encore plus centralisées, qui se soucieront encore moins de leurs utilisateurs.

Dans ce contexte, réinventer les structures et les trajectoires de développement des entreprises collaboratives – ou en inventer de nouvelles, plus “coopératives” et moins “capitalistiques” est une transformation nécessaire porteuse d’enjeux forts : mettre en adéquation projet économique et projet social, réaffirmer des principes forts (expérience, appartenance à une communauté,…) de l’économie collaborative et ne pas tomber dans l’économie “à la demande”, éviter les débordements d’utilisateurs, favoriser la diversité et l’implication des citoyens (là encore nécessaire pour un projet collaboratif !), faciliter les évolutions du projet… Peut-on s’inspirer de modèles de gouvernance plus partagée, où la redistribution de la valeur aux utilisateurs est un véritable enjeu, pour imaginer autre chose ? Comment les principes du modèle coopératif par exemple, présent depuis longtemps dans l’ESS, associant valeurs de solidarité et de démocratie, peuvent-ils être explorés et adaptés à la consommation collaborative ?

En réalité il existe déjà d’autres modalités de financement moins centralisées : crowdfunding , equity crowdfunding  (qui permet à un entrepreneur de lever des fonds auprès de particuliers qui investissent en échange d’actions),… dont se saisissent déjà régulièrement les acteurs de la consommation collaborative, quels que soient leur mode de gouvernance et leurs principes. La Louve, supermarché coopératif qui devrait bientôt voir le jour à Paris, y a par exemple levé une part importante de ses financements. Mais on pourrait aussi imaginer le développement de fonds d’investissement, privés ou publics, ou de conseils, spécialisés dans l’accompagnement de ce type de projets.




Pearltrees : Consommation collaborative

Consommation collaborative, par consommationcollab


[1] « Uber, anciennement UberCab, est une entreprise technologique américaine qui développe et exploite des applications mobiles de mise en contact d’utilisateurs avec des conducteurs réalisant des services de transport. » De l’utilisation exponentielle de l’application est née l’expression « ubérisation » = économie liée à la pratique numérique mobile.