Article original:  Clément Guillet Des «dealers en blouse blanche» aux «salles de shoot», trente ans de polémiques

www.slate.fr, 17.06.2015, 11h13

Éditorialisation: Clément M, Éliott SL, Rym S

Des «dealers en blouse blanche» aux «salles de shoot», trente ans de polémiques

Des premières seringues en vente libre aux «salles de shoot» en passant par la méthadone, la prise en charge des toxicomanes a toujours été un sujet brûlant, malgré des progrès indéniables.

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Dans une «salle de shoot» au Canada en 2006. REUTERS/Andy Clark.

La future première salle de consommation à moindre risque vient d’être déplacée: elle sera finalement implantée sur le site de l’hôpital Lariboisière, à 200 mètres de l’emplacement initialement prévu. Au 39, boulevard de La Chapelle, les riverains doivent être soulagés: ils vont pouvoir retirer les banderoles «Non à la salle de shoot» de leurs fenêtres. Comme si, devant l’opposition locale et avant le vote au Sénat, il avait fallu signifier géographiquement l’aspect médical d’une mesure accusée d’être un pas vers la légalisation des drogues dans la société.

Car c’est l’argument principal des opposants à l’expérimentation des «salles de shoot». Avant le vote à l’Assemblée nationale, en avril, Marion Maréchal-Le Pen condamnait «un signal catastrophique envoyé à la population. L’Etat organise une violation de la loi». En 2013, Valérie Pécresse parlait d’un «système d’empoisonnement assisté par l’Etat». De son côté, une association, Parents contre la drogue, a porté plainte contre X pour «incitation à la consommation de stupéfiants».

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Mais ce discours n’a rien de nouveau. Le spectre de la légalisation des drogues est agité depuis trente ans par les opposants à toutes les mesures sanitaires de réduction des risques, ce que rappelait le sociologue Henri Bergeron dans son livre L’Etat et la toxicomanie. Histoire d’une singularité française. Et ce, malgré les bénéfices de ces politiques.

Réduction des risques

Dans les années 1980, la France compte environ 150.000 héroïnomanes. Le sevrage et la répression sont les seules modalités de prise en charge. Les politiques semblent se désintéresser d’un sujet jugé trop brûlant.

Mais les ravages du sida vont changer la donne: au début des années 1990, en pleine épidémie, 33% à 38% des toxicomanes sont séropositifs. Ils représentent 22,6% de l’ensemble des malades du sida. Les toxicomanes deviennent donc l’une des premières catégories de victimes de l’épidémie, et l’un des principaux vecteurs de son extension à l’ensemble de la population. Ils sont aussi très largement touchés par les virus de l’hépatite B et C. Les toxicomanes ne se détruisent plus seulement eux-mêmes, ils propagent aussi les épidémies. Cette prise de conscience va entraîner un changement dans leur prise en charge.

La contamination virale est due aux échanges de seringues. En 1986, une des premières mesures de réduction des risques est de mettre en vente libre des seringues accompagnées de kits de désinfection. «Une libéralisation qui a toutes les chances d’être perçue comme un encouragement à la toxicomanie», selon un membre de la Direction générale de la santé de l’époque.

Avec l’apparition des traitements de substitution aux opiacés (TSO), la méthadone et le Subutex, le débat devient encore plus houleux. Jacques Chirac, alors maire de Paris, déclare que «la méthadone est la porte ouverte à la libéralisation de la consommation de drogue». Le Pr Jean-Paul Séguéla, conseiller de Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, n’hésite pas à déclarer que «la méthadone est un encouragement à la toxicomanie, contraire à l’éthique des médecins. […] Il n’est pas tolérable que les médecins deviennent des dealers en blouse blanche et participent à l’entretien de la toxicomanie. Ne serait-ce pas là une sorte d’euthanasie?».

Pourtant, au milieu des années 1990, beaucoup de pays sont passés à la méthadone avec succès. Aux Etats-Unis, elle permet à des toxicomanes de s’en sortir depuis les années 1960. Mais la France s’obstine dans son refus de la substitution.

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Infographie, Midi Libre

 

Des milliers de vies sauvées

Les choses vont évoluer avec l’intervention de plusieurs ministres de la Santé, de Bernard Kouchner à Simone Veil, qui déclare que «face au sida, il faut s’interdire de trier entre les bonnes et les mauvaises vies à sauver». C’est donc d’abord pour faire face à l’épidémie de sida et non pour soigner la toxicomanie que les TSO sont généralisés en France à partir de 1994.

Les TSO nécessitent, il est vrai, un changement majeur de mentalité. En délivrant un opiacé à la place d’un autre, on change de paradigme. On ne vise pas, dans l’immédiat, le sevrage aux opiacés mais l’arrêt de la consommation d’héroïne, de même qu’on aide les fumeurs à arrêter le tabac avec des substituts nicotiniques.

Aujourd’hui, personne ne songerait à remettre en cause les TSO. Comme le soulignait un article des Annales pharmaceutiques françaises, en vingt ans et malgré des mésusages, ces traitements ont sauvé des milliers de vies en divisant par dix le nombre d’overdoses. Associés au matériel de stérilisation et à la distribution de seringues, ils ont permis de réduire de façon importante les infections par le VIH. Et grâce à eux, ce sont des milliers de toxicomanes qui ont pu se réinsérer socialement.

Un bilan globalement positif

L’évaluation des «salles de shoot» est complexe: au sein de cette population marginalisée, les études à haut niveau de preuve sont difficiles à mener. Mais le rapport de l’Inserm de 2010 présente un bilan globalement positif des expériences de ces salles à l’étranger comme mesure complémentaire à la substitution. Ainsi, elles n’augmenteraient pas la consommation de drogue. Elles limiteraient les risques liés à l’injection (overdose, abcès…). Installées dans des endroits où il existe déjà une pratique de rue, elles diminueraient les nuisances sans augmentation de la délinquance. Enfin, et surtout, l’Inserm souligne l’impact positif de ces dispositifs dans un de leurs objectifs premiers: ramener vers des structures de soin des toxicomanes marginaux, comme ceux qui se piquent dans la rue aux abords de la gare du Nord.  

La libéralisation de la drogue est un argument émotionnel utilisé depuis trente ans pour s’opposer à des mesures de santé publique efficaces. Or, on ne fait pas de la médecine avec de bons sentiments, mais avec une bonne dose de pragmatisme.

Paris va bien changer dans les années à venir. Dans 20 ans, les Technologies de l’Information et de la Communication se seront développées dans toutes les sphères de la vie privée et publique, et également dans les transports. Suite à l’expansion de la métropole et le développement d’un réseau de transport en commun connecté, une nouvelle application a vu le jour : Moovfast. Kylian, jeune entrepreneur, l’utilise quotidiennement. 

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Les Champs-Elysées en 2025 selon l’architecte Jean-Paul Viguier

 

Imaginez Paris dans 20 ans 

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La métropole du grand Paris en 2035 imaginée par France Culture.

Kylian habite Paris Saint-Ouen, il travaille dans le Grand Paris, une métropole de 7 millions d’habitants, qui a absorbé la petite couronne (Haut de Seine, Seine Saint Denis et Val de Marne). Il se déplace en transports en commun à l’aide d’une application. Il a rangé sa voiture depuis longtemps. Le réseau Ratp est très développé : de plus en plus de monde l’utilise. Aujourd’hui il comporte 18 lignes de métro, 6 tramways, 7 lignes de Rer, ce qui permet aux usagers de se déplacer plus facilement. De Clichy à Nanterre il ne faut plus qu’une dizaine de minutes, sans avoir à traverser le centre de la métropole. Versailles quant à elle, n’est plus qu’à 20 minutes de Saint-Denis grâce à un tramway dernière génération qui se recharge en tant réel grâce aux panneaux solaires situés sur son toit. Le dispositif Ratp est aussi devenu plus intelligent, il allie nouvelles technologies, big data, et dispose de plus de liberté pour se développer, puisque les voitures sont moins présentes en centre ville. Les smart-cars, et autres véhicules contemporains auto-régulent la circulation. Ils sont bien plus adaptés à l’environnement urbain, et constituent le décor d’une nouvelle époque. Le projet du grand Paris a porté ses fruits. Tout ceci a également attiré des entreprises du monde entier, Samsung par exemple, y a même installé son siège. Mais la modernité impacte aussi les logements qui deviennent de plus en plus cher. La taxe d’habitation est de 2000€ pour un 60 m². Trouver un logement décent contraint une partie de la population à s’installer dans la nouvelle banlieue, au delà des limites de la nouvelle ville dans les Yvelines ou en Seine-et-Marne. En dehors du Grand Paris, il existe très peu de transports en commun et des problèmes de sécurités importants persistent. Ce qui est l’objet de nombreuses réunions entre le Maire de Paris Nicolas Noireau et les élus des départements voisins, qui demandent des compensations financières. Malgré tout, Paris est prospère et a réussi sa mutation de capitale phare du 21ème siècle.

 Trait pour Trait de Stéphane Robert le 14/03/2014.

 

Kylian, un jeune entrepreneur connecté

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Kylian, sortant de chez lui.

Kylian, 29 ans, habite Saint Ouen, dans le 17ème arrondissement au nord rattaché a Paris depuis 2023. Il vit dans un loft avec sa copine Inès qui est également son associée. Il l’a rencontrée lors de ses études. Il a obtenu son diplôme d’ingénieur en 2030 après avoir suivi une formation en vente, pour enfin monter son entreprise en 2034. Il travaille dans le secteur des services de ventes à domicile, et il organise des réunions afin de vendre ses produits connectés. Originaire de la Meuse et fils d’agriculteur, Kylian a découvert durant ses études le développement et l’apport des transports en commun, qu’il utilise quotidiennement dans le monde professionnel et privé. Le jeune entrepreneur a créé son propre site pour faire connaître les produits qu’il vend. Chaque matin, il prépare ses produits (hauts de gamme) qu’il présentera sur RDV tous les jours à partir de 14h, sauf le dimanche. Il travaille également sur l’image de la marque chez lui, siège de son entreprise. Pour se déplacer il utilise une application dernier cri qui se charge de lui tracer son parcours en mélangeant divers transports en commun. Kylian se consacre a 100% dans son entreprise, il faut dire qu’il est passionné de nouvelles technologies. Il a reçu de nombreux prix grâce à de petites créations qu’il a conçues durant sa scolarité, dont le tupperware connecté qui lui a fait remporter un prix d’innovation.

 

Une application connectée au réseau de transport

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Les utilisateurs qui accèdent au métro grâce à leur Smartphone.

En 2035, les franciliens ont l’habitude d’utiliser l’application Moovfast pour se déplacer. Celle-ci regroupe tout les types de transports, afin d’amener l’usager à sa destination. L’application permet en outre la localisation des métros et bus en temps réel. Elle permet également de localiser des covoitureurs aux alentours, une fonctionnalité inspirée d’une application très populaire du début du siècle : Uber. Si votre budget vous le permet, l’application propose aussi de commander un taxi smartcar. De manière ludique, l’application permet, grâce à l’autorisation du partage de ses données de géolocalisation, de retrouver facilement ses amis, en proposant le trajet le plus court afin de les rejoindre. L’engouement pour l’écoute de musique dans les transports en commun a été brillamment introduite au sein même de l’application, qui propose de la musique en streaming à l’utilisateur, s’adaptant à ses goûts. La musique s’adapte également au temps du trajet, en proposant des morceaux ou des podcasts qui s’arrêtent a l’instant où l’utilisateur arrive à destination. Plus question de rater son arrêt grâce à cette fonctionnalité, puisque le support audio de l’application livres les informations importantes en prenant le dessus sur la musique diffusée, par exemple en cas de retard d’un métro ou encore à l’arrivée dans une station.

 

Vidéo : La journée type de Kylian en 2035