Article original : Marine Albarede, « Consommation Collaborative : l’enjeu du financement et de la gouvernance« , InternetActu, 21/04/2015

Éditorialisation: Meryem B, Bassira C, Alexis B


Consommation collaborative : Seriez-vous prêt à vous lancer ?

 En France, la consommation collaborative connaît une place de plus en plus imposante et les français ne rechignent pas avoir recours à cette pratique apparue ces dernières années. La première partie de cette article issue d’InternetActu, tisse le lien entre l’aspect coopératif et économique de ce modèle. La consommation collaborative prend de plus en plus de place dans notre société, se questionner sur l’avenir, les succès et échecs de ce système en devient primordial. L’enjeu serait pour ce système de gagner en coopération, à travers des circuits alternatifs de financement et de gouvernance.

 

La consommation collaborative recouvre des initiatives et projets divers ; elle propose des services pairs à pairs qui mettent en relation directement les individus entre eux, mais aussi d’autres dans lesquels les particuliers s’organisent pour la gestion de ressources communes. Les questions de la gouvernance et de la répartition de la valeur,… au sein de ces initiatives auraient pu rester non posées, mais les craintes de voir les grandes plateformes de la consommation collaborative concentrer toujours plus de valeurs sans que les usagers n’aient leur mot à dire amènent à s’interroger sur les modèles à l’oeuvre.

Dans ce paysage collaboratif, les exemples d’initiatives plus modestes (proches de l’Economie sociale et solidaire (ESS), du type AMAP, SEL, mais aussi des supermarchés coopératifs…) ayant instauré un mode de fonctionnement coopératif ne manquent pas ; et si c’était dans ces principes de gouvernance, valeur, expérience… plus partagées que la consommation collaborative pouvait pleinement s’épanouir ?

Vidéo Youtube : Netinvestissement.fr / BFM Business,  14 Mars 2014

QU’EST-CE-QUE LE CROWDFUNDING ? Le financement participatif, ou crowdfunding  («  financement par la foule ») est un mécanisme qui permet de collecter les apports financiers – généralement des petits montants -d’un grand nombre de particuliers au moyen d’une plateforme sur internet  – en vue de financer un projet. Deux parties sont mises en présence : l’épargnant qui souhaite investir une certaine somme d’argent dans un projet auquel il croit et le porteur de ce projet qui ne possède pas les fonds nécessaires pour le mettre en œuvre. L’un et l’autre se rencontrent sur internet via une plateforme dédiée : Les projets sont présentés par leurs porteurs et les épargnants choisissent de financer ceux qui les intéressent à hauteur de ce qu’ils souhaitent investir. Plusieurs  modalités  de financement participatif existent: le don (avec ou sans contrepartie), le prêt (avec ou sans intérêts) et l’investissement en capital. (source : www.entreprises.gouv.fr)

Doit-on encourager la consommation collaborative ? 


La consommation collaborative ne se résume pas à une « uberisation » économique. 

campagne de publicité de la société UBER, rentrée 2016
campagne de publicité de la société UBER, rentrée 2016

Pour beaucoup de monde (et de média…), la consommation collaborative est surtout représentée par les grandes plateformes que sont Airbnb, BlablaCar, Uber [1],… Dans les faits, ces grands exemples régulièrement cités ne sont que l’arbre qui cache la forêt d’un paysage très divers et en mouvement. Des modèles marchands cohabitent avec du non-marchand, des services ou plateformes locaux avec des services déterritorialisés ou agissant à des échelles différentes,… Bien sûr, toutes les initiatives de consommation collaborative ne visent pas à croître de façon exponentielle ni à passer à l’échelle (ce n’est par exemple pas du tout l’objectif d’initiatives hyperlocales type SELs, AMAPS, etc.). Mais chaque jour voit le lancement de plusieurs startups de la consommation collaborative dont toutes ne réussiront pas à s’imposer durablement dans le paysage, et le taux de mortalité de ces initiatives reste élevé. Le modèle de développement des Airbnb, BlablaCar et autres, que beaucoup prennent en exemple, est-il systématiquement à suivre ? Au-delà du fait qu’il sera dans les faits difficile à suivre pour la plupart des plateformes/services, dont la proposition de valeur n’est pas toujours claire et qui arrivent sur un marché déjà encombré, ce modèle interroge. 

dessin proposé par : http://manosque.cartridgeworld.fr/
dessin proposé par : manosque.cartridgeworld.fr

Valeurs et partage : les fondements du financement collaboratif

Les critiques qui voient le jour autour de l’évolution de ces plateformes, émanant d’utilisateurs de la première heure, mettent le doigt sur un des problèmes : les utilisateurs, qui contribuent pourtant aux services en proposant leurs véhicules, leurs services, leurs logements, leur « force de travail »… n’ont pas (ou peu) leur mot à dire quant à l’évolution des services. 

Dessin de Jean-Jacques Beltramo, dessinateur de presse

« Passage au mode payant de Blablacar, le début de la fin pour le covoiturage ![ …] Côté chiffres, il n’y a rien à dire, en opérant ce virage à 360°, le site a vu exploser son nombre d’inscrits et par là même son chiffre d’affaires. Mais en gagnant des inscrits, le site et son équipe en ont perdu les fondements du covoiturage, basé sur la confiance d’autrui et le partage.[ …] avec plusieurs millions d’utilisateurs, d’autres moyens sont possibles pour la monétisation d’un modèle comme Covoiturage.fr, sans pour autant passer par une taxation systématique du voyage [ …] Le covoiturage n’est plus social, il est purement économique » estime un covoitureur de la première heure.

En somme, l’expérience devient déceptive. En laissant place au service, le sentiment d’appartenance s’estompe, et la valeur semble toujours plus concentrée…

Les modèles d’une économie fonctionnant grâce aux contributions de ses utilisateurs peuvent-ils continuer à se développer de la même façon que ceux de l’économie traditionnelle, en n’associant pas les utilisateurs et clients à la décision ? La question agite certains usagers et acteurs de la consommation collaborative. Et il nous semble également que c’est un défi à relever pour que l’économie collaborative ne sombre pas dans l’économie à la demande.

Le financement, nœud du problème.

Les startups de la consommation collaborative semblent prises dans une sorte d’engrenage quasi infernal : leur trajectoire de financement et de développement (comme pour les startups plus globalement) les pousse à une croissance rapide. Les objectifs, la promesse de valeur économique doivent être ambitieux à court terme, pour que celles-ci trouvent les financements nécessaires auprès des Business Angels et Venture Capitalists, qui escomptent un retour sur investissement important. La croissance des services se fait ainsi parfois au détriment des utilisateurs, qui ne sont pas associés à la décision (par exemple aux modifications des conditions d’utilisation, fréquentes) dans un souci de ne pas ralentir la croissance de la startup. La réflexion sur le partage de la valeur et la conservation d’une véritable expérience collaborative, lorsque le service se développe, sont souvent un peu vite occultées.


La pratique doit prendre une forme nouvelle.

baromètre 2015 du financement participatif en France, édité par financeparticipative.org
baromètre 2015 du financement participatif en France, édité par financeparticipative.org

Alors qu’une grande partie des consommateurs collaboratifs déclare « rechercher du sens » avec ces modes de consommation, avec pour certains une envie de s’impliquer d’une manière plus active, l’expérience de consommation proposée par les startups de l’économie à la demande n’est pas fondamentalement différente de celle proposée par l’économie traditionnelle – si ce n’est que le service est assuré par d’autres particuliers au lieu d’une organisation. Les consommateurs-contributeurs commencent eux aussi à faire part de leur mécontentement : en mai 2014, une « centaine de chauffeurs d’Uber a manifesté devant le siège de l’entreprise à San Francisco [ …] contre les fluctuations de tarifs que décide unilatéralement la société dans la plus grande opacité, contre l’absence d’écoute de leurs besoins et contre les menaces face à toute mauvaise note reçue d’un passager qui peut les faire exclure du service… ». Certes, il s’agit avec Uber de professionnels indépendants, et pas tout à fait de consommation collaborative (autre exemple, la revendication collective de travailleurs du Mechanikal Turk d’Amazon fin 2014) mais l’exemple est également révélateur de la tension existante entre des modèles distribués, dans lesquels la décision et la gouvernance ne sont pas partagées.

De tels modèles pourraient même s’avérer plus risqués à terme : « vous ne pouvez pas vraiment remédier aux problèmes économiques d’aujourd’hui en utilisant les mêmes structures d’entreprises qui ont créé les problèmes économiques que l’on connaît », souligne Janelle Orsi pour Shareable, expliquant qu’en raison de leur mode de gouvernance et de propriété, les Airbnb, TaskRabbit et autres pourraient être rachetés par des organisations encore plus centralisées, qui se soucieront encore moins de leurs utilisateurs.

Dans ce contexte, réinventer les structures et les trajectoires de développement des entreprises collaboratives – ou en inventer de nouvelles, plus “coopératives” et moins “capitalistiques” est une transformation nécessaire porteuse d’enjeux forts : mettre en adéquation projet économique et projet social, réaffirmer des principes forts (expérience, appartenance à une communauté,…) de l’économie collaborative et ne pas tomber dans l’économie “à la demande”, éviter les débordements d’utilisateurs, favoriser la diversité et l’implication des citoyens (là encore nécessaire pour un projet collaboratif !), faciliter les évolutions du projet… Peut-on s’inspirer de modèles de gouvernance plus partagée, où la redistribution de la valeur aux utilisateurs est un véritable enjeu, pour imaginer autre chose ? Comment les principes du modèle coopératif par exemple, présent depuis longtemps dans l’ESS, associant valeurs de solidarité et de démocratie, peuvent-ils être explorés et adaptés à la consommation collaborative ?

En réalité il existe déjà d’autres modalités de financement moins centralisées : crowdfunding , equity crowdfunding  (qui permet à un entrepreneur de lever des fonds auprès de particuliers qui investissent en échange d’actions),… dont se saisissent déjà régulièrement les acteurs de la consommation collaborative, quels que soient leur mode de gouvernance et leurs principes. La Louve, supermarché coopératif qui devrait bientôt voir le jour à Paris, y a par exemple levé une part importante de ses financements. Mais on pourrait aussi imaginer le développement de fonds d’investissement, privés ou publics, ou de conseils, spécialisés dans l’accompagnement de ce type de projets.




Pearltrees : Consommation collaborative

Consommation collaborative, par consommationcollab


[1] « Uber, anciennement UberCab, est une entreprise technologique américaine qui développe et exploite des applications mobiles de mise en contact d’utilisateurs avec des conducteurs réalisant des services de transport. » De l’utilisation exponentielle de l’application est née l’expression « ubérisation » = économie liée à la pratique numérique mobile.

Article original : Cédric COUSSEAU, Youtube : du web au canapé du salon, Inaglobal, 2010.
Editorialisation : Eugénie.V, Marion.R, Mounia.B

De la start-up qui a initié les internautes au partage de la vidéo, YouTube s’apprête de nouveau à révolutionner la consommation de la vidéo avec la Google TV.

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Article original : Claire Thomson, Le Hygge, un concept danois qui a le vent en poupe, The Conversation, 2 novembre 2016

Editorialisation : Céline P et Elodie P

Le Hygge, profiter de petits moments de bonheur, chez soi entouré de sa famille, voici ce que propose les Danois pour être heureux. En 2016, chacun peut adopter cet art de vivre grâce aux différents livres publiés sur ce mot imprononçable.

Source : Freepik.com
Source : Freepik.com

 

Un mode de vie « made in » Danemark

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Feu de cheminée (source : www.flickr.com)

Si vous lisez cet article installé dans un fauteuil capitonné, entouré de meubles aux lignes douces, avec quelques bougies en toile de fond, vous ressentez sans le savoir cette forme particulière de confort et de contentement que l’on nomme hygge. Le hygge est la dernière exportation danoise en date, qui envahit le design d’intérieur comme les séries télé scandinaves à haute valeur ajoutée.

Mais cette denrée-là tient plutôt du concept. Les conseils pour atteindre ce qu’on peut définir grossièrement comme un sentiment de contentement douillet remplissent désormais magazines de mode et revues lifestyle. Comme c’est souvent le cas en matière d’art de vivre, il s’agit là d’une pratique culturelle ancienne qui a été mise au goût du jour. Le véritable hygge peut survenir n’importe où et dans n’importe quelles conditions : au Danemark ou ailleurs, seul ou avec des amis, dedans ou dehors, avec ou sans bougies, chaussettes tricotées à la main ou meubles élégants.

Après une année particulièrement troublée, peu rassurante, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi le hygge l’a emporté sur la méditation de pleine conscience, en tant que « tendance bien-être » du moment. Comme le dit une journaliste dans le Guardian, Jess Cartner-Morley (@JessC_M) le hygge est un « baume apaisant pour les traumatismes de 2016 ».

 

Des études sur le bonheur 

Le hygge rencontre un succès grandissant au moment précis où l’idée que le Danemark est le pays le plus heureux du monde s’installe durablement dans l’imagination collective. L’office du tourisme danois s’est d’ailleurs empressé de profiter de cette réputation positive pour faire la promotion du pays, mettant ce sentiment de bonheur chronique sur le compte de l’état providence, d’un niveau de confiance sociale élevé, et bien sûr du hygge érigé en style de vie.

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Bougie et livre (source : pixabay.com)

Cette petite nation d’Europe du nord-est désormais vue comme un pays sûr, familier et attirant ; un pays capable d’attirer notre attention avec un seul mot, étrange et impossible à traduire. Un mot que l’on peut déguiser en philosophie ou en un art de vivre suffisamment complexe pour inspirer plus d’une douzaine de livres à déposer au pied du sapin de Noël.

La démocratisation du mot

En nous jetant frénétiquement sur des pantoufles en feutre, des bougies parfumées et des boissons raffinées, nous investissons en réalité dans notre bien-être émotionnel. Et bien que le hygge soit souvent défini, dans ces livres magnifiquement conçus, comme le fait de savoir apprécier les choses simples, faites maison, le consumérisme fait partie intégrante de l’utilisation contemporaine du terme, y compris au Danemark. Les suppléments lifestyle et les marques usent et abusent terme dans leurs publicités, d’autant plus que les nuits s’allongent à cette époque de l’année, et que les bougies commencent à apparaître devant les portes des magasins et des cafés de Copenhague.

C’est sous forme de nom que le hygge a rencontré le succès dans les pages de magazines du monde entier, mais les danois sont tout aussi susceptibles d’utiliser le concept comme un adjectif ou un verbe. D’après le dictionnaire danois, la forme verbale du terme vient du vieux norrois hyggja et du vieil anglais hycgan, alors que le sens moderne du mot (« qui console ou donne de la joie ») vient du norvégien. Mais le mot pimente librement la conversation danoise d’aujourd’hui en fonction du contexte. Les noms composés peuvent ainsi indiquer des variantes saisonnières liées aux activités qui y sont associées (julehygge à Noël ou påskehygge à Pâques, par exemple).

Un mot intraduisible et difficilement prononçable :

Connus pour leur sens de l’ironie, les danois utilisent aussi le mot comme un euphémisme pour parler d’abus d’alcool ou d’autres excès. hyggelig(t), l’adjectif, peut être utilisé pour signifier « confortable » ou « agréable », mais en fonction du contexte, il est parfois plus proche de l’anglais « nice », ou du français « sympa » quand ils sont employés pour parler de quelque chose d’agréable, sans plus.

La forme verbale, at hygge sig, est souvent utilisée comme une façon de dire au-revoir – kan du hygge dig : l’équivalent d’« amusez-vous bien », ou de « bonne chance ». At hygge sig med, faire hygge avec quelqu’un – peut simplement signifier « partager une expérience amusante », mais peut aussi servir d’euphémisme pour désigner des activités plus intimes.

Cette séquence bizarre de lettres (y, g et e) a fait couler beaucoup d’encre. Dans l’introduction de son hilarant The Little Book of Hygge (Le petit livre du hygge), Meik Wiking (@MeikWiking) tente d’écrire le mot en passant par « hooga », « hhyooguh » et « heurgh » avant de rassurer le lecteur en expliquant que la notion peut être ressentie, mais pas épelée. Le livre de Louisa Thomsen Brits (@L_Thomsen_Brits) hygge : « L’art danois de bien vivre » comporte quant à lui un guide de prononciation (« hue-gah ») « Hue-gah ») qui, selon un danois de ma connaissance, est plus proche du borborygme1 . qu’il pourrait prononcer un matin de gueule de bois post-hygge que de la transcription phonétique fidèle du mot (ˈhygə).

Livre de Meik WIKING (source: amazon.fr)
Livre de Meik WIKING (source: amazon.fr)
Livre de Louisa Thomsen Brits / source : amazon.fr
Livre de Louisa Thomsen Brits / source : amazon.fr

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un journaliste du Daily Mail, John Koski, a tenté lui aussi d’expliquer comment prononcer le mot, en rapprochant la sonorité du terme hygge de celle de snug (confortable, en anglais). Car ce mot est terriblement difficile à prononcer pour un étranger : s’y essayer, c’est perdre de vue le hygge lui-même. L’angoisse2 qui s’empare du débutant en danois lorsqu’il découvre que la langue écrite n’a quasiment rien à voir avec la langue parlée lui permet d’ailleurs de ressentir l’opposé du hygge, le uhygge (le « u » étant ici un préfixe privatif) – autrement dit un sentiment de peur ou de malaise.

Peut-être la tension entre hygge et uhygge est-elle au cœur de l’engouement pour ce concept. Après tout, les fans de séries danoises ont passé beaucoup de temps, ces cinq dernières années, à regarder les personnages évoluer dans leurs maisons provinciales ou leurs appartements élégants et confortables de Copenhague, que ce soit dans The Killing, Borgen ou The Bridge. Fondé sur le confort émotionnel et matériel, le hygge est une aubaine pour les scénaristes et les scénographes.

Et finalement, dans la fiction comme dans la vie réelle, le hygge offre un écrin parfait à des crimes inexprimables – et se fait l’antidote idéal d’une époque aussi uhyggelige que la nôtre.

 

Notes:

1. Borborygme : Bruit bizarre ou parole indistincte
2. Un contraste est mis en avant. Étonnamment, le hygge, source de bonheur et de détente, peut également susciter de l’angoisse chez les personnes souhaitant l’utiliser. 

En savoir plus sur le concept du Hygge, par polito_elodie

Voyage vers la salle de classe du futur

Nous sommes en 2035 à Paris, Alexandre Fournier, jeune professeur de Sciences de la Vie et de la Terre, rend visite à sa mère Mathilde, ancienne professeur à la retraite et son petit frère Louis, lycéen. Cette visite va engendrer un conflit de génération sur les méthodes de travail dans une salle de classe connectée.


Alexandre FOURNIER, un professeur passionné

Alexandre, 35 ans, vit seul dans un appartement à Villeneuve-La-Garenne (92390). Il est, depuis maintenant 9 ans, enseignant de Sciences de la Vie et de la Terre dans un collège au cœur de Paris. Alexandre donne 25 heures de cours par semaine et gagne 1700€ par mois. Il se contente d’un salaire de classe moyenne afin de faire de son métier une passion. Il adore transmettre ses connaissances aux plus jeunes et apprécie sa fonction de professeur principal.


Mathilde et son fils cadet, Louis reçoivent la visite de l’aîné Alexandre. Ils se réunissent autour d’un diner à l’occasion de Noël. Mathilde, 65 ans retraitée depuis peu, exerçait le métier de professeur de français au lycée. Elle a des valeurs traditionnelles et éprouve une aversion pour les nouvelles technologies. Son fils Louis, âgé de 16 ans baigne dans ces technologies ce qui a le don d’exaspérer sa mère.

Le repas se déroule à merveille jusqu’au moment où Mathilde interroge son Alexandre sur son travail et que ce dernier, tout excité répond « Ça se passe très bien, on a même reçu le dernier modèle de tableau électronique vendredi dernier, je suis pressé de l’essayer avec mes élèves.» La mère, dans l’incompréhension demande « Un tableau électronique ? Qu’est-ce que c’est que ça encore ? » il lui explique qu’il s’agit de la dernière version de l’interface qui contrôle la salle de classe et ses dispositifs, tels que les tablettes des élèves.

L’hyper-connexion : notre destin

1. Tableau électronique, servant de terminal. Il a pour fonction de relier l’appareil à un système informatique d’une salle de classe. 2.Les tablettes qui sont connectées et dépendantes du tableau électronique.

Après son explication, Mathilde, irritée riposte « Vous n’en avez pas marre d’inventer des nouvelles machines tous les jours ? Bientôt vous serez tous remplacés par des robots et tu n’auras même plus de boulot ». Avec humour, il réplique « Mais n’importe quoi maman, t’es restée bloquée dans les années 2000 ou quoi ? ». Il lui explique que le savoir et l’information sont deux notions distinctes. L’information est un ensemble de données qui n’a pas de valeur si elle n’est pas couplée à la connaissance transmise par un professeur. Celui-ci détient le savoir et l’expérience pour interpréter l’information et pour encadrer les élèves. D’ailleurs, Mathilde n’est pas la seule à prédire l’extinction du professeur dans les salles de classe au profit d’un professeur virtuel. Dans cet article, le Figaro s’interroge sur le portrait du professeur du futur ainsi que le rôle qu’il aura à jouer dans une salle de classe. Pas très convaincue, Mathilde rétorque à son fils « mais avec toutes vos évolutions, ce sont TES Apple, Intel et Microsoft qui s’en mettent plein les poches pendant que vous, vous êtes aliénés à leurs machines. Où sont passés les livres en papiers ? Tu sais, à mon époque, l’école mettait à disposition une salle informatique, mais l’essentiel des connaissances étaient enseignées par un professeur ». Il répond « Je suis d’accord maman, mais le marché pédagogique a évolué, hier c’était les maisons d’édition qui étaient leader et aujourd’hui ce sont les entreprises spécialisées dans le développement des nouvelles technologies qui produisent des manuels en formats numériques, des livres, et des autres supports de travail ». Mathilde ajoute « Regarde les résultats scolaires de ton frère ! Ils sont catastrophiques à causes de vos classes trop connectées ». Louis excédé par l’attaque de sa mère, précise que l’école constitue un espace fermé au monde mais avec une fenêtre sur l’univers « Je ne peux même pas me connecter sur les réseaux sociaux en cours, tous ces sites sont bloqués pour favoriser notre réussite scolaire. Mes mauvaises notes sont plus dues à mon manque de sérieux qu’à la méthode de travail utilisée en cours » dit-il. Alexandre explique à sa mère que les salles de classes étaient vouées à muer vers une nouvelle forme, plus numérique, plus connectée, qui serait à l’image de son temps. Il indique à Mathilde que des recherches sur l’aménagement des salles de classe ont été effectuées notamment par le laboratoire de la salle de classe du futur à Bruxelles, qui a étudié quel serait l’aménagement optimal de la salle de classe du futur, afin de maintenir l’attention des élèves en cours, et proposer un dispositif en accord avec son temps. « Les salles de classes sont bien passées de la craie, au feutre, au projecteur maman, ça n’a pas finit d’évoluer. » 

Schéma de la salle de classe du future par le Future Classroom Lab
Schéma de la salle de classe du futur par le Future Classroom Lab

Alexandre rajoute qu’à l’époque de Mathilde des inégalités concernant les fournitures scolaires subsistaient. En effet, les élèves n’avaient pas tous à leur disposition des ordinateurs ce qui provoquait une différence de travail et de résultats scolaires. Certains élèves apportaient leurs propres ordinateurs ou tablettes avec eux au lycée. C’est le BYOD (Bring Your Own Device), à présent, les élèves n’ont plus à apporter leur outils personnels, car à la rentrée ils disposent tous d’un appareil fourni par l’établissement et restitué en fin d’année. 

Cette discussion a permis à Mathilde de mieux comprendre les évolutions positives du travail d’un enseignant. En effet, cela permet d’avoir un meilleur suivi personnel des élèves, de réduire l’absentéisme en cours grâce au dynamisme qu’apporte les outils pédagogiques et d’améliorer l’attention des élèves en cours. Cette démarche de réaménagement de l’espace de travail à déjà fait ses preuves dans des milieux d’entreprises, comme Google, ou l’espace de travail a été étudié afin d’améliorer la productivité des employés et leur bien-être, ce qui a suscité de meilleurs résultats des salariés comme l’explique cet article de l’Humanité. Cependant, entêtée, Mathilde reste convaincue que ce n’est pas bénéfique au système scolaire.

Mathilde n’est pas la seule à être de l’avis que la surenchère technologique à l’école ne profite pas aux élèves. Cet article relate une étude menée aux États-Unis, sur les résultats des élèves dans le cadre d’une pédagogie « high-tech » qui démontre que contrairement aux idées reçues, les résultats des élèves ne progressent pas plus qu’on ne pourrait le croire et révélerait même une tendance à la stagnation. L’utilisation des technologies numériques n’aurait donc pas d’impact direct sur les résultats scolaires des élèves. 

Téléportons-nous en 2035

A l’aube du XXIe siècle, cette tendance à vouloir reconfigurer l’aménagement d’une salle de la classe s’affirme auprès de chercheurs, de médecins et d’enseignants, comme l’atteste cet article du café pédagogique sur l’aménagement des salles de classe, ou encore cette description de la salle de classe du futur par le docteur Dieter Breithecker.

André Roux, professeur et consultant en pédagogie et technologie numérique proposait déjà en 2011, un projet de travail sur la transformation d’une salle classe du futur sur son blog.

Dans la vidéo ci-dessous, Intel propose sa vision très futuriste de ce à quoi devrait ressembler une salle de classe d’ici quelques dizaines d’années et offre une bonne representation de la façon dont laquelle la technologie sera mise à profit dans l’environnement pédagogique dans les années futures.

Dans la vidéo suivante nous avons un autre aperçu de la salle de classe du futur et de l’usage de la technologie dans l’éducation par l’Unité des Nouvelles Technologies Educatives.

 

Et selon vous, à quoi ressemblera la salle de classe du futur ? Que pensez-vous d’un espace pédagogique plus connecté, baignant dans les technologies numériques ?

Pour aller plus loin…

Future Classroom Lab en France 

La salle de classe idéale existe: elle est équipée de rocking chairs par Slate.fr

Par Cindy Pradel, Nadia Ghoualem, Salma Benkirane.