Article original:  Clément Guillet Des «dealers en blouse blanche» aux «salles de shoot», trente ans de polémiques

www.slate.fr, 17.06.2015, 11h13

Éditorialisation: Clément M, Éliott SL, Rym S

Des «dealers en blouse blanche» aux «salles de shoot», trente ans de polémiques

Des premières seringues en vente libre aux «salles de shoot» en passant par la méthadone, la prise en charge des toxicomanes a toujours été un sujet brûlant, malgré des progrès indéniables.

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Dans une «salle de shoot» au Canada en 2006. REUTERS/Andy Clark.

La future première salle de consommation à moindre risque vient d’être déplacée: elle sera finalement implantée sur le site de l’hôpital Lariboisière, à 200 mètres de l’emplacement initialement prévu. Au 39, boulevard de La Chapelle, les riverains doivent être soulagés: ils vont pouvoir retirer les banderoles «Non à la salle de shoot» de leurs fenêtres. Comme si, devant l’opposition locale et avant le vote au Sénat, il avait fallu signifier géographiquement l’aspect médical d’une mesure accusée d’être un pas vers la légalisation des drogues dans la société.

Car c’est l’argument principal des opposants à l’expérimentation des «salles de shoot». Avant le vote à l’Assemblée nationale, en avril, Marion Maréchal-Le Pen condamnait «un signal catastrophique envoyé à la population. L’Etat organise une violation de la loi». En 2013, Valérie Pécresse parlait d’un «système d’empoisonnement assisté par l’Etat». De son côté, une association, Parents contre la drogue, a porté plainte contre X pour «incitation à la consommation de stupéfiants».

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Mais ce discours n’a rien de nouveau. Le spectre de la légalisation des drogues est agité depuis trente ans par les opposants à toutes les mesures sanitaires de réduction des risques, ce que rappelait le sociologue Henri Bergeron dans son livre L’Etat et la toxicomanie. Histoire d’une singularité française. Et ce, malgré les bénéfices de ces politiques.

Réduction des risques

Dans les années 1980, la France compte environ 150.000 héroïnomanes. Le sevrage et la répression sont les seules modalités de prise en charge. Les politiques semblent se désintéresser d’un sujet jugé trop brûlant.

Mais les ravages du sida vont changer la donne: au début des années 1990, en pleine épidémie, 33% à 38% des toxicomanes sont séropositifs. Ils représentent 22,6% de l’ensemble des malades du sida. Les toxicomanes deviennent donc l’une des premières catégories de victimes de l’épidémie, et l’un des principaux vecteurs de son extension à l’ensemble de la population. Ils sont aussi très largement touchés par les virus de l’hépatite B et C. Les toxicomanes ne se détruisent plus seulement eux-mêmes, ils propagent aussi les épidémies. Cette prise de conscience va entraîner un changement dans leur prise en charge.

La contamination virale est due aux échanges de seringues. En 1986, une des premières mesures de réduction des risques est de mettre en vente libre des seringues accompagnées de kits de désinfection. «Une libéralisation qui a toutes les chances d’être perçue comme un encouragement à la toxicomanie», selon un membre de la Direction générale de la santé de l’époque.

Avec l’apparition des traitements de substitution aux opiacés (TSO), la méthadone et le Subutex, le débat devient encore plus houleux. Jacques Chirac, alors maire de Paris, déclare que «la méthadone est la porte ouverte à la libéralisation de la consommation de drogue». Le Pr Jean-Paul Séguéla, conseiller de Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, n’hésite pas à déclarer que «la méthadone est un encouragement à la toxicomanie, contraire à l’éthique des médecins. […] Il n’est pas tolérable que les médecins deviennent des dealers en blouse blanche et participent à l’entretien de la toxicomanie. Ne serait-ce pas là une sorte d’euthanasie?».

Pourtant, au milieu des années 1990, beaucoup de pays sont passés à la méthadone avec succès. Aux Etats-Unis, elle permet à des toxicomanes de s’en sortir depuis les années 1960. Mais la France s’obstine dans son refus de la substitution.

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Infographie, Midi Libre

 

Des milliers de vies sauvées

Les choses vont évoluer avec l’intervention de plusieurs ministres de la Santé, de Bernard Kouchner à Simone Veil, qui déclare que «face au sida, il faut s’interdire de trier entre les bonnes et les mauvaises vies à sauver». C’est donc d’abord pour faire face à l’épidémie de sida et non pour soigner la toxicomanie que les TSO sont généralisés en France à partir de 1994.

Les TSO nécessitent, il est vrai, un changement majeur de mentalité. En délivrant un opiacé à la place d’un autre, on change de paradigme. On ne vise pas, dans l’immédiat, le sevrage aux opiacés mais l’arrêt de la consommation d’héroïne, de même qu’on aide les fumeurs à arrêter le tabac avec des substituts nicotiniques.

Aujourd’hui, personne ne songerait à remettre en cause les TSO. Comme le soulignait un article des Annales pharmaceutiques françaises, en vingt ans et malgré des mésusages, ces traitements ont sauvé des milliers de vies en divisant par dix le nombre d’overdoses. Associés au matériel de stérilisation et à la distribution de seringues, ils ont permis de réduire de façon importante les infections par le VIH. Et grâce à eux, ce sont des milliers de toxicomanes qui ont pu se réinsérer socialement.

Un bilan globalement positif

L’évaluation des «salles de shoot» est complexe: au sein de cette population marginalisée, les études à haut niveau de preuve sont difficiles à mener. Mais le rapport de l’Inserm de 2010 présente un bilan globalement positif des expériences de ces salles à l’étranger comme mesure complémentaire à la substitution. Ainsi, elles n’augmenteraient pas la consommation de drogue. Elles limiteraient les risques liés à l’injection (overdose, abcès…). Installées dans des endroits où il existe déjà une pratique de rue, elles diminueraient les nuisances sans augmentation de la délinquance. Enfin, et surtout, l’Inserm souligne l’impact positif de ces dispositifs dans un de leurs objectifs premiers: ramener vers des structures de soin des toxicomanes marginaux, comme ceux qui se piquent dans la rue aux abords de la gare du Nord.  

La libéralisation de la drogue est un argument émotionnel utilisé depuis trente ans pour s’opposer à des mesures de santé publique efficaces. Or, on ne fait pas de la médecine avec de bons sentiments, mais avec une bonne dose de pragmatisme.

Article original : Gérard Kafadaroff, «Manger bio a-t-il un sens ?», Slate, 12/05/2016

 

Manger bio a-t-il du sens ?

 

Aujourd’hui, l’agriculture biologique est une tendance en pleine expansion qui déchaîne les passions. Le bio est dans l’air du temps et les produits estampillés AB bénéficient d’une bonne image auprès des consommateurs. Beaucoup moins pour les agriculteurs, qui consacraient en 2014 moins de 5% des surfaces agricoles à l’agriculture biologique. Entre idéalisation des consommateurs du « made in bio » d’un côté, et diabolisation des fervents d’OGM de l’autre, les vertus du bio sont-elles vérifiées ?

I Love Bio – Joana Kruse (fineartamerica, 2012)

 

Certification AB (réservée aux étiquetages) – Agence BIO

Gouvernements, associations écologistes, grande distribution alimentaire, médias, se retrouvent pour vanter les vertus des produits bio. Et cette frénésie nous fait découvrir des produits insolites comme la limonade bio, les pneus bio, les jeans bio, les «cigarettes bio et équitables», les couches bio, les shampoings bio, les aliments bio pour chats jusqu’au «cercueil bio pour les amoureux de la nature» ! Un fourre-tout qui s’éloigne de la définition donnée à l’agriculture biologique (AB). Rappelons que l’AB se caractérise par l’adoption de méthodes de production agricoles excluant les produits chimiques de synthèse (pesticides, engrais), les OGM et, selon le ministère de l’Agriculture, «trouvant son originalité dans le recours à des pratiques culturales et d’élevage soucieuses du respect des équilibres naturels». Contrôlée par des organismes certificateurs, elle est régie par un cahier des charges sans être soumise à une obligation de résultats.

 

Déferlante verte du politiquement correct

Les nombreuses études scientifiques réalisées depuis plusieurs décennies n’ont pas permis de mettre en évidence des bénéfices sanitaires significatifs pour l’AB. Des travaux de l’Afssa en 2003 à ceux de l’Efsa en 2015 en passant par l’étude de l’Inra de 2013 ou les recherches menées par l’université de Stanford en 2012, les conclusions sont identiques: pas de bénéfices significatifs pour la santé !

Seuls points positifs: moins de résidus de pesticides de synthèse et teneurs en antioxydants légèrement plus fortes dans les fruits. À l’inverse, un plus grand nombre de contaminants biologiques a été décelé. Mais que comptent les austères avis scientifiques face à la détermination militante des écologistes, au marketing agressif des groupes comme Carrefour ou Auchan et à la déferlante verte et bio du politiquement correct ?

Manifestation anti-pesticides à Bordeaux en Février 2016 – Vilmauve (Mediapart, Avril 2016)

Les contaminants biologiques (mycotoxines, bactéries) ne sont-ils pas pour l’AB une menace sanitaire autrement plus inquiétante que celle non prouvée des résidus de pesticides détectés à des doses très inférieures au seuil de dangerosité ou celle illusoire des OGM, qui justement permettent de réduire l’utilisation de pesticides ?

 

Controverse :

Plus ou moins de pesticides avec les OGM ?

 

En 2011, une sévère épidémie de gastro-entérite a frappé l’Allemagne, causant 3.000 malades et 43 décès. Les concombres espagnols contaminées par une souche pathogène de la bactérie E. coli produites par une ferme allemande pratiquant l’agriculture biologique furent identifiées responsables de cette grave crise sanitaire curieusement bien peu relatée par les médias. Pour éviter d’affoler les parents d’enfants fréquentant les cantines scolaires où les repas bio sont encouragés par les responsables politiques ? Que serait-il advenu si un pesticide ou un OGM avait été reconnu coupable de ces quarante-trois morts voire d’un seul ?

Rotation des cultures – AREC

Il faut admettre que les bénéfices environnementaux de l’AB ne peuvent être niés, surtout lorsque sont réhabilitées à juste titre des pratiques agronomiques souvent négligées comme l’amélioration de la fertilité des sols ou la rotation des cultures. Cependant, l’usage plus fréquent du travail mécanique générateur d’émissions de CO2 et surtout les rendements plus faibles de l’AB (chute de rendement de 50% entre 1998 et 2008, selon l’Inra) constituent un lourd handicap, qui empêche ce mode de production agricole de répondre au défi alimentaire toujours prégnant ainsi qu’au changement climatique.

 

Controverse:

Oui, l’agriculture biologique peut nourrir la planète

 

Manne pour la grande distribution

En 2010, selon la revue Que choisir ?, le panier bio coûtait 57% plus cher que le panier conventionnel correspondant. La même année, une enquête du magazine L’Expansion annonçait un surcoût de 70% pour un panier d’une trentaine de produits bio de consommation courante achetés dans un hypermarché Auchan en banlieue parisienne. En 2011, l’enquête du magazine Linéaires, spécialisé dans les grandes et moyennes surfaces alimentaires conclut: «manger bio coûte encore 58% plus cher» !

Ces prix élevés sont surtout une manne pour la grande distribution alimentaire, qui promeut activement les produits bio. C’est aussi une opportunité pour les agriculteurs, notamment ceux disposant de main-d’œuvre ou ayant fait le choix de cultures à faible pression parasitaire et faciles à convertir en bio. En revanche, pour le consommateur, l’accès aux produits bio reste surtout réservé aux familles aisées et aux citadins «bio-bobo» !

 

Controverse :

Mes astuces pour acheter bio à moindre coût

 

Pour protéger leurs cultures, les agriculteurs font appel à la chimie de synthèse, comme nous le faisons avec les médicaments pour préserver notre santé. Ces molécules subissent des instances d’évaluation ensuite, de nombreuses études approfondies pour évaluer les risques sanitaires et environnementaux avant d’être commercialisées. En outre, les produits jugés potentiellement les plus dangereux sont retirés progressivement du marché et des progrès considérables ont été faits par les agriculteurs pour les utiliser de façon raisonnée. Mais, sous la pression médiatique et des écologistes, les pesticides restent dans l’opinion un danger majeur. L’agriculture bio surfe sur cette peur de la chimie et le retour en force du naturel idyllique.

 

Ostracisme dogmatique des OGM

Plus étonnant est le rejet des OGM par l’agriculture bio. Les OGM ne sont-ils pas issus des biotechnologies, autrement dit, des «technologies bio» ? Pourquoi cet ostracisme, alors que les agriculteurs bio utilisent sans aucune réticence des semences qui ont subi des modifications génétiques bien plus importantes que les OGM comme les variétés obtenues par mutagénèse ou la variété de blé Renan adoptée par les agriculteurs bio ?

Il est vrai qu’en Europe et en France les OGM sont diabolisés malgré leur adoption massive dans le reste du monde et l’absence de problèmes sanitaires ou environnementaux depuis vingt ans. Belle opportunité pour l’AB de jouer la sécurité auprès des consommateurs ! L’engagement bio est pour certains agriculteurs un choix plus dogmatique que rationnel à l’image des initiateurs de l’agriculture biologique. Quant aux consommateurs bio, ne sont-ils pas victimes malgré eux des «écofictions» anxiogènes et moralisatrices qui abreuvent nos écrans ou des reportages à charge contre les pesticides et les OGM que la télévision marchande de peurs livre sans vergogne ?

Produits chimiques : nos enfants en danger – Cash Investigation (Youtube, Février 2016)

 

Une thérapie «placebio» n’est-elle pas en train de naître chez quelques malades imaginaires technophobes ou naturophiles ?

Serving McDonalds to food experts – LifeHunters (Youtube, Octobre 2014)

Faire le choix agricole ou alimentaire bio, pourquoi pas ? Sauf risque majeur avéré, pourquoi irait-on contre la liberté de choix du citoyen, agriculteur ou consommateur ? En revanche, attribuer de fausses vertus à l’AB, idéaliser le naturel ou susciter la peur de l’industrie chimique et du génie génétique, fruits de l’intelligence de l’homme, n’est-ce pas un comportement trompeur et régressif ?

 

Editorialisation : Léa B, Camille L, Morgane M

 

 


Contexte

Nous sommes en 2035 et la très grande majorité de la population française dispose d’un Dossier Médical Personnalisé, actualisé en temps réel. Le dispositif s’est difficilement imposé l’année de son lancement, vingt ans plus tôt. Une période où peu de dossiers ont été crées malgré la stratégie de communication avalisée par la ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes de l’époque : Marisol Touraine. Nonobstant, à coup de matraquage publicitaire, année après année et ce, sous différents mandats présidentiels, la sensibilisation s’est accrue. Le DMP est alors devenu un outil indispensable au domaine de la santé, notamment grâce à un accès simplifié et une utilisation des données plus pertinente. À cet effet, le gouvernement avait préconisé et mis en place le DigiSanté, une application disponible sur les principaux supports de communication (smartphones, tablettes, montres connectées) qui, malgré son utilité indéniable, compte toutefois quelques revers. Lesquels ? #Espace Santé, blog à l’optique éditoriale participative donc subjective, vous les dévoile ci-après.


Bannière du Blog "#Espace Santé"

Nina M., 17 ans, est la nouvelle victime des failles à l’accès par empreintes digitales liées au DigiSanté, outil qui présente des carences indubitables en matière de sécurité. À travers l’enquête d’une affaire faisant grands maux, #Espace Santé mène la rétrospective d’une application qui ne fait pas l’unanimité.

Une histoire banale ? Certainement pas, tant la mesquinerie et l’intimidation qui en résultent caractérisent l’insolence dont ont fait preuve deux lycéennes à l’encontre d’une seule et même victime. Les conséquences sont effectivement importantes pour Nina M., 17 ans, élève au lycée Gérard de Nerval (Val d’Oise), cible d’une blague douteuse savamment préparée par ses « camarades » de classe, qui ont ni plus ni moins dévoilé son état de santé.

Plaisanterie de mauvais goût, harcèlement, marginalité dérangeante, jalousie ou encore méchanceté gratuite… À l’aube de la majorité, les raisons arbitraires d’un acte de piratage de données peuvent être multiples. Aucune ne peut cependant justifier le scénario vécu par Nina, actrice malgré elle d’une trame dont le but est de provoquer le malaise, son malaise.

À son insu, la jeune demoiselle se fait hacker son DigiSanté par deux élèves de sa promotion dont les noms ont volontairement été anonymisés. Ces élèves ont, sans coup férir, eu accès aux données médicales personnelles donc privées de Nina, atteinte d’une maladie sexuellement transmissible depuis près d’un an. Ces dernières n’en restent pas là, tant s’en faut, puisqu’elles partagent dès lors leur découverte à l’ensemble des élèves du lycée — et remportent par ailleurs à ce moment précis la palme de l’insanité. Habituellement discrète et sans histoire, Nina devient la cible de nombreuses railleries en l’espace d’une journée.

Des données (trop) facilement piratées

Comment ont-elles réussi à hacker son DigiSanté ?

Par sournoiserie et manipulation, le tout saupoudré d’une simplicité inouïe. Entre deux cours, les deux lycéennes font furtivement part d’une soirée avec l’ensemble de leur promotion pour décompresser suite à une première salve d’examens intense. N’ayant pas les coordonnées de Nina, elles lui suggèrent de swiper l’index sur l’un de leur SlyPhone 2 — biométrique pour toute action (ajout de contacts, authentification, etc.) —, prétextant alors l’envoi immédiat des modalités concernant la festivité. Des informations qu’elle ne recevra jamais.

Crédule, Nina ne se rend guère compte de l’erreur commise sur l’instant, son prochain cours commençant déjà. Sa perte était malheureusement amorcée. Les deux jeunes élèves, elles, s’extasient de leur fourberie et préparent minutieusement le coup de grâce : divulguer la maladie intime de Nina. Mais la jeune fille qui s’est rapidement aperçue de cette manigance au vu des innombrables regards en sa direction dépose aussitôt plainte auprès des autorités pour provocation au suicide en milieu scolaire.

 

Les retombées judiciaires

À quelles sanctions les mineures devraient-elles s’attendre ?

Des sources proches du dossier affirment une volonté de réponse adéquate émise par le tribunal chargé du procès. D’après les textes de loi, les deux lycéennes encourraient une peine de deux ans et demi de prison et 7500 euros d’amendes chacune, qui devront être réglées par leurs responsables légaux respectifs. 

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Tableau des … – source Legifrance

Personne n’est cependant en mesure, à ce jour, d’émettre la moindre piste en ce qui concerne la véritable motivation des deux lycéennes ; l’affaire devant rester discrète, les informations filtrent au compte-gouttes. Sous quel motif  ? Nina et le respect de son intégrité, ou en vue d’étouffer à nouveau l’incompétence dont fait preuve le ministère de la Santé vis-à-vis des autres cas de figure avérés et liés aux failles du DigiSanté ? La question se pose.

Un cas parmi d’autres

Quelles seraient les suggestions appropriées face à ce genre de brimade itérative ?

L’affaire Nina M. n’est pas sans rappeler celle de Ricardo P., étudiant brillant en école d’ingénieurs à Paris, qui dépiste un cancer colorectal en décembre 2032. Paniqué, il en parle à des membres de son entourage universitaire. Ces derniers, mal intentionnés, piratent par voie cybernétique son DigiSanté en changeant premièrement les paramètres d’accès puis en modifiant l’empreinte biométrique demandée en ouverture de compte. Les conversations médicales inductivement privées que le jeune homme entretenait avec son médecin via DigiTalk (messagerie instantanée du DigiSanté) sont par la suite dévoilées anonymement, en plein amphithéâtre, sous les yeux de Ricardo.

À savoir, l’enquête est toujours d’actualité tant l’accomplissement des actes a été minutieux, et ultra contrôlé par les fauteurs de troubles. Autant de paramètres poussant Ricardo à abandonner son cursus en cours d’année.

  


Piqûre de rappel : qu’est-ce que le Digitalk ?

Le DigiTalk est l’outil de discussion instantané adjacent au DigiSanté. Médecins et patients peuvent converser en toute sécurité sur l’avancée critique ou positive de leur état de santé. Tout comme les patients atteints d’une même maladie qui peuvent dialoguer entre eux par voie de conversation groupée. En outre, les personnes inscrites dans un même groupe de conversation peuvent consulter certaines données liées aux DMP (après autorisations) des autres membres.

DigiSanté : page d'authentification biométrique
DigiSanté : authentification biométrique
DigiSanté : page d'accueil
DigiSanté : page d’accueil
DigiSanté : page des données médicales
DigiSanté : page des données médicales
DigiSanté : courbes médicales
DigiSanté : courbes médicales

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En cela, le DigiTalk est considéré comme le canal relationnel permettant de créer une synergie entre les données technologiques résultantes du DMP et les données affectives qui découlent des échanges entre patients atteints de maladies analogues. L’isolement chronique bien souvent observé chez ces patients est ainsi minimisé. Car ces échanges permettent de tisser des liens sociaux forts, mais aussi d’aider psychologiquement les différents utilisateurs dans leur quotidien. Le suivi médical est quant à lui optimal.


Que retenir ? 

Le constat est par conséquent sans appel, le DigiSanté et son outil connexe, le DigiTalk, sont mis à mal par bon nombre de jeunes usagers, malveillants. L’accès aux données doit impérativement être renforcé dans les moindres détails et surtout dans les plus brefs délais, car elle est néfaste à leur bon fonctionnement. Qu’attend le gouvernement pour agir ? Un nouveau scandale ? En effet, le véritable problème qui se doit d’être relaté est de savoir si le DigiSanté à reconnaissance digitale correspond en tout point au besoin de la jeune génération actuelle ?

Pour y répondre, revenons aux prémices de sa création.

Une histoire qui a mal commencé

Lancé en 2004 par le Ministère de la Santé avec la loi relative à l’assurance maladie, le Dossier Médical Personnel avait pour but de rassembler toutes les données médicales d’une personne sur un carnet numérique et de faciliter la relation entre le patient et le professionnel de santé.

En 2015, le Dossier Médical Personnel est rebaptisé Dossier Médical Partagé. Comme tout dispositif, il connaît de failles. Selon Le Parisien, « plus de 500 millions d’euros ont été déboursés pour ce DMP, que peu de professionnels ont utilisé ».

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Télécharger la version intégrale du dossier presse DMP, partagé en 2015


D’après le site officiel du DMP, 5 régions utilisaient cet outil dans 75 établissements hospitaliers (Acquitaine, Picardie, Ile de France, Centre, France Compté, Alsace). Bien que le DMP fonctionnait dans certains pays comme la Belgique ou l’Espagne, l’outil vu comme révolutionnaire, était défaillant en France (manque d’ergonomie, de lisibilité, possibilité de stockage des documents très faible, manque de sécurité).

C’est avec l’arrivée en 2012 de Marisol Touraine au Ministère de la Santéque l’on observe une amélioration du DMP. Anciennement régi par l’Agence des Systèmes d’Information Partagées de santé (ASIP), c’est la Sécurité Sociale qui prend le relais afin de mieux gérer les parcours médicaux par de nombreuses améliorations :  renforcement de la sécurité avec changement obligatoire du mot de passe, intégration d’une nouvelle charte graphique, plus de proximité entre les spécialistes et les patients en favorisant leurs échanges.

Malgré ces améliorations et le développement de la sécurité, en 2015 les utilisateurs étaient toujours préoccupés par la polémique de l’open data et l’hyper connexion. Selon un rapport du CNIL , les consommateurs d’applications liées à la Santé étaient estimées à 26 milliards en 2017. En 2035, c’est plus de 29 milliards de personnes.

Nina, comme l’ensemble de la population française, utilise ce service pour vérifier son état de santé, mais aussi, dans son cas, suivre l’avancée de sa maladie : la Cryptococcose Aujourd’hui encore la sécurité est défaillante puisque la jeune Nina s’est fait piratée, on pourrait se demander que fait réellement le gouvernement pour protéger nos données ?

Le DMP : comment ça marche ?

Un bilan mitigé

Bien que l’accès aux données personnelles de santé soit, malgré le DMP, un sujet épineux, le gouvernement a tout de même su mettre en confiance ses citoyens par de nombreux moyens. Selon un rapport étude de la CNIL de 2015, « 500 millions d’utilisateurs de smartphones et de tablettes utiliseront des applications mobiles liées à la santé en 2015 ». Cette perspective n’a été atteinte qu’en fin 2016 et s’est généralisée après la mise en place de l’application DigiSanté. Les nombreuses fonctionnalités ont convaincu des millions de personnes qui voient désormais en DigiSanté un sérieux allié pour la santé.

Signe du succès de l’application, le nombre de dossiers médicaux créés a été multiplié par quatre. La France, qui ne comptait que 565 209 dossiers en décembre 2015, n’a pas suivi l’exemple de son voisin britannique qui lui a fermé son portail de données personnelles de santé en ligne fin 2012. Aujourd’hui, plus de 65 millions de dossiers ont été crées parmi les 68,2 millions de personnes présentes dans l’Hexagone. Une réussite en demi-teinte, malgré les efforts du gouvernement pour améliorer l’application. Dans la première version du DigiSanté, l’accès s’effectuait grâce à des mots de passe personnalisés par les patients. Désormais, l’application est uniquement accessible grâce à l’empreinte digitale du patient. Une technique qui a permis de diminuer le nombre de piratages par 1,5 selon le ministre de la Santé.

« Grâce aux technologies les plus récentes, nous avons mis en place une application sûre qui permet d’accéder aux données personnelles de santé de manière efficace. Le DigiSanté est l’outil le plus sécurisé en matière de données personnelles médicales », a souligné le ministre Laurent Tarrigeau.

Toutefois, ce système n’est pas infaillible (comme le démontre le cas de Nina).

Utilisée par des millions de consommateurs en France, le DigiSanté et le DigiTalk sont aujourd’hui des applications indispensables dans le domaine de la santé. Pourtant, les difficultés d’il y a vingt ans sont toujours d’actualité. Les données personnelles liées à notre santé semblent accessibles à tous, malgré un accès « sécurisé » à l’application. Ni les mots de passe ni les empreintes digitales ne font le poids contre le piratage. Des solutions dignes des plus grands espions ont été suggérées (reconnaissance vocale, rétinienne et même salivaire) afin de garantir au maximum la sécurité des données personnelles. Une véritable mission que le gouvernement doit (encore) relever.

>> Par Vionie, Wassila, Célia, LDR, Patricia et Tom, membres actifs du blog #Espace Santé.